Orpheus
Revue Internationale de Poésie
Directeur : Quentin Desclaux
revueorpheus@voila.fr
Le Prix de Poésie Orpheus 2011
vient d'être décerné à
Amélie Ducroux pour son recueil inédit Poetry Talks
et à Sara R. Greaves pour son recueil inédit Lifelines.
Prix de Poésie Orpheus 2007
Le Prix de Poésie Orpheus 2007 a été décerné à André-Laurent Mathécade pour son recueil de poèmes inédits Eloges & Dédicaces, par un jury composé de Sylvie Cellier, Quentin Desclaux, Cecilia Graves, Manuel Francesco Llosa, Sylvain Ménard et Armand Sedaine.
Cet ouvrage paraîtra très prochainement aux Editions Anagrammes dans la collection forum/poésie.
Le Prix de Poésie Orpheus 2008 sera décerné en Mai 2008.
André-Laurent Mathécade
Eloges et Dédicaces

Note de lecture de Pascale Moré
La poésie d'André-Laurent Mathécade
est à la fois savante et limpide, archaïque et moderne, attentive
au monde sensible et tournée vers l'au-delà des apparences, lyrique
et mesurée, sensuelle et mystique, marquée par l'instabilité
et en quête de permanence et de vérité.
Une telle richesse, une telle complexité, font du recueil " Eloges
et Dédicaces " une uvre majeure et profondément originale,
ne dévoilant ses secrets qu'à un lecteur scrupuleux. Plus on écoute
avec attention cette musique particulière, plus on perçoit des
thèmes et un langage qui ne sont pas sans rappeler l'esthétique
et la pensée baroques. Quoi de plus naturel que cette connivence avec
les auteurs de cette période elle aussi vouée à d'incessants
changements, à l'instar de notre monde en pleine mutation, où
les repères anciens sont en train de disparaître ?
L'ouvrage s'ouvre sur un texte aux accents très Rimbaldiens, véritable
hommage au poète Lautréamont. Le clin d'il au texte "
Je te salue, vieil océan ! " est évident, comme si Mathécade
plaçait résolument son uvre sous le sceau d'une certaine
modernité, ou du moins d'un refus des conventions littéraires
(Lautréamont symbolisant la révolte). Car ne nous y trompons pas
: malgré les apparences, l'ouvrage n'est pas la reprise de formes poétiques
et de thèmes éculés. Le poète foule aux pieds toute
mièvrerie, tout conformisme. Son langage peut devenir vent, ressacs,
géants d'écume. Il est le souffle même de l'avenir, le Temps
qui marche, les grandes forces du Cosmos reliées aux astres, aux mythes,
à l'au-delà de la vie. Ce langage est " une avalanche de
vocalises et de signes " crachant des catarrhes de lumière et d'ombre
comme les puissants hoquets des dieux - des dieux jeunes et oublieux, des dieux
rimbaldiens, des dieux à la face d'anges ricaneurs et iconoclastes, éclaboussés
d'avenir.
Après cette ouverture pour le moins particulière, les textes du
recueil se moulent dans une forme plus rigide, très souvent le sonnet,
mais la pensée demeure infiniment souple, sinueuse, mystérieuse,
presque ésotérique. Curieusement, les contraintes de la rime,
les " gênes exquises " dont parlait Valéry, sont comme
un tremplin pour la pensée, pour l'esprit en quête de précision,
d'exactitude de l'expression, de fidélité au rendu des sensations,
des impressions, des pensées les plus éphémères,
les plus rétives, les plus imperceptibles.
Car la poésie de Mathécade est à la fois sensible, sensuelle,
et " intellectuelle ", cérébrale. Le ton de certains
textes est assez détaché. Il s'agit quasiment de démonstrations
en alexandrins, froides et presque teintées d'humour, au sens où
l'humour est une distanciation, avec des expressions comme " le commun
des Zéphyrs ", et quelques néologismes dont ne se prive pas
A-L Mathécade, qui, fidèle à l'esthétique baroque,
aime jouer sur les mots.. Il lui arrive même de parler au nom d'un autre
poète, ajoutant un voile de plus au sens de ses textes, peut-être
par pudeur, par souci du secret, de la préservation de son propre secret
comme de celui des personnes aimées : ses textes " cachent et montrent
" sa vérité " comme une étoile ", pour reprendre
les termes de Verlaine lorsqu'il évoquait la poésie .
Ainsi Mathécade prend le relais d'illustres prédécesseurs,
comme le coureur saisit le témoin, et poursuit le chant à sa façon,
écho d'un autre écho - puisque les poètes d'antan se faisaient
l'écho des éléments, dit-il. Il creuse dans la terre de
l'oubli, déterre des poèmes enfouis, se nourrit de leur chant,
et poursuit la mélodie à sa façon, tout en laissant parfois
entendre, en seconde voix, celle de l'artiste disparu - comme dans une fugue
à deux voix de Jean-Sébastien Bach
André-Laurent Mathécade oscille
entre une poésie de l'instantané et une poésie de la durée
- durée intérieure, personnelle, et durée universelle.
Beaucoup de textes sont des méditations et les images qui se succèdent
ont valeur de symboles (un coucher de soleil, un arbre dans la neige, une bulle
d'eau
). Ces instantanés, ces visions fugaces, conduisent toujours
à des réflexions sur le mystère de la Vie - celle de l'homme
et celle de l'Univers, celle de l'homme dans l'Univers, le microcosme étant
une image en raccourci du macrocosme. Il ne nous décrit pas l'univers,
mais son regard plonge dans le réseau de ses forces obscures, qu'il dévoile
: sa poésie est un dévoilement permanent, comme si le poète
cherchait sans cesse à percer la vérité du Cosmos, son
secret, l'Ordre caché, la Pierre Philosophale - retrouvant dans sa démarche
même le sens premier du mot " vérité ", qui est
celui de " dévoilement " (" alèthéia ",
que nous traduisons par " vérité ", signifiait étymologiquement
" sans le voile " " qui ne se cache plus, qui sort du secret
")
Le regard de Mathécade se porte donc bien au-delà des apparences
sensibles, perçoit les grands cycles qui régissent le Temps, l'entremêlement
de la vie et de la mort, l'envers et l'endroit, ce qui relie le haut et le bas.
Et si le monde n'avait aucun sens ? Et si tout n'était que matière
inerte, vouée à la seule perpétuation de nos imperfections
? Et si le Grand Tout était un " Rien " ? La vérité
de cette grande alchimie qu'est la Vie universelle, de ce creuset où
nous naissons pour mourir, pourrait être ce Rien
Proche en cela
de la sensibilité dite " baroque ", Mathécade a une
conscience aiguë du temps qui passe, de la menace de la mort, qu'il personnifie
: celle-ci avance masquée, brise les rythmes, éteint les chants
: la mort est l'antithèse de l'harmonie et de la beauté, de l'ordre
: elle est le désordre par excellence.
Pas de rêve d'immortalité, donc, mais un regard lucide sur la putréfaction
des choses et des êtres . Et pourtant, les textes de ce recueil ne sont
pas nihilistes et désespérés : lorsque le poète
évoque le Monde, il dit aussi que " l'amour (y) est vainqueur "
; il voit un " mystérieux amour // qui s'écoule dans l'arbre
au-dessous de l'écorce ". La vie est sous-tendue par " une
idée de survivre ", une volonté d'" achever la fable
" : chaque jour est une véritable renaissance, un petit miracle
de lumière et d'espoir. Bien que la vie humaine , semblable à
la bulle d'eau " née d'un savon malpropre ", ait commencé
" au milieu d'un cloaque ", de l'imperfection et du chaos peuvent
émerger la beauté, l'harmonie (la bulle d'eau est " toute
ronde "), des sentiments, des émotions, un désir d'élévation
(" elle s'envole "). Mais toute vie individuelle est fragile, vouée
à la dissolution, " elle éclate en parcelles infimes ".
Vivre et comprendre, ce serait donc rassembler ce qui est épars, grâce
au " Troisième il ", à cette " goutte d'or
" placée au centre du cerveau, de " la masse encéphale
", cet esprit au sein de la matière
Ainsi Mathécade
porte un regard d'alchimiste sur l'imputrescible esprit qui survivrait à
la dissolution de la matière mortelle dans le grand charnier universel,
et cette idée lui permet de " trouver au réveil peut-être
un peu d'espoir ".
Mais jamais il n'étale son Moi : dans ce recueil tout est modestie, pudeur,
retenue. Le poète y parle parfois au nom d'un autre, reprenant à
son compte la mythologie, reliant les époques entre elles, traçant
une continuité poétique
Il déroule un fil invisible
le rattachant aux poètes et aux hommes de toutes les époques.
Ses phrases épousent l'amplitude de sa pensée, elles enjambent
les vers et même les strophes sans s'attarder à la rime, passant
de vers en vers comme on descendrait un escalier. La rime produit alors une
musique discrète, sobre, une mélodie en sourdine ; les assonances
se multiplient , échos mélodieux, les diérèses ralentissent
le rythme. On croirait une causerie lentement déroulée, ou bien
encore une marche prudente dans le noir, exploré à tâtons,
avec pour appuis les repères rassurants de la rime. " Éloges
et Dédicaces " n'est donc pas un chant déclamé haut
et fort, c'est un doux récitatif à voix basse, comme avance, calmement,
à pas mesurés, la ligne mélodique d'un prélude de
Jean-sébastien Bach, dont les sinuosités suivent une géométrie
secrète et nous conduisent vers le point d'orgue final.
Ainsi l'uvre de Mathécade résonne comme une interrogation
silencieuse, un cri blanc, un écho venu de l'autre côté
du temps
Et coule encore en nous, longtemps, le murmure d'une voix accordée
aux êtres et aux choses les plus humbles, aux sensations universelles
de la fuite du temps, du regret des êtres chers, de la nostalgie de l'enfance,
comme aux plus hautes questions que s'est posées l'être humain
depuis l'aube de l'humanité.
Le lecteur ne peut que saluer cet ensemble de textes de haute inspiration, régis
par une très forte unité - à la fois dans le ton et dans
la pensée - et l'on comprend le choix unanime des membres du jury du
Prix de Poésie qui lui a été décerné.
Pascale Moré, le 6 juillet 2008
(Note de lecture parue dans le numéro 48 de la Tribune Internationale des Langues Vivantes)
Prix de Poésie Orpheus 2008

Le Prix de Poésie Orpheus 2008 vient d'être décerné à Lydia Martin pour son recueil de poèmes inédits Polymnia, par un jury composé de Sylvie Cellier, Quentin Desclaux, Cecilia Graves, Manuel Francesco Llosa, Sylvain Ménard et Armand Sedaine.
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Prix de Poésie Orpheus 2009

Le Prix de Poésie Orpheus 2009 vient d'être décerné à Madeleine Stratford pour son recueil de poèmes inédits Des mots dans la neige, par un jury composé de Sylvie Cellier, Quentin Desclaux, Cecilia Graves, Manuel Francesco Llosa, Sylvain Ménard et Armand Sedaine.
Si la poésie est un jeu de mots qui sécrivent,
qui se déclament et qui se chantent parfois en accord avec un rythme
ou une scansion, le recueil de Madeleine Stratford, Des mots dans la neige,
en donne une excellente illustration. À la suite dun Jules Laforgue,
grand poète injustement oublié, Madeleine Stratford réactualise
les rythmes syncopés, lhumour à fleur de mots, lévitement
des rimes, la dérision du désespoir, les allitérations
tragiques, dans une langue française plantée au Canada.
Comme il arrive parfois à certains, elle a, du premier coup, découvert
la plénitude de son vocabulaire, cest-à-dire un ensemble,
qui lui est propre, de termes qui signent lidentité de leur auteur.
Ce quelle nomme cest dabord toutes les parties de son corps.
les yeux :
On a mangé mes yeux.
Je ne vois rien
mais je sais tout.
(Sur le grill)
Jai les yeux clairs, la peau de givre
je suis hiver et flocons ivres
(Vivre en hiver)
la bouche :
Sa bouche sait baiser la page
dun geste vif et passionné
embrase son premier papier
(Ta plume)les oreilles et les lèvres :
Les oreilles trempées et les lèvres humides,
je lèche les lettres rondes et sucrées [...]
et m'abreuve du son jusqu'à l'ultime goutte.
(Pluie de mots)
le ventre :
Jai un volcan au ventre
endormi sous la cendre
depuis des siècles morts
(Volcans)
la langue :
Ma langue flotte sur le liquide clair
(Pluie de mots)
Ta voix dans ma voix, ta langue dans ma bouche
(Envol)
la lèvre, les doigts :
Jai la lèvre qui tremble et les doigts qui se crispent,
(Pleine-lune)
Je frôle des doigts le lichen sur la pierre.
(Dans la forêt)
les cheveux, les paupières, les dents, la main, les os ; mais aussi
les éléments: le vent, la neige, le feu, le givre et la tempête
qui emportent dans leur élan le Soleil, la Lune, la forêt, la
neige, le lichen sur la pierre, les branches asséchées,
les feuilles dautomne au parfums de thé vert
(Octobre)
Jeune poétesse canadienne, Madeleine Stratford dépasse largement
les limites de son âge et de son pays natal. Par le classicisme contemporain
dune langue française revivifiée elle se classe demblée
au coeur de laction poétique.
Panne sèche
Je mécris sans mécrier,
sans crier gare, sur papier.
En silence, mes mots sembobinent,
lair gauche, lair de rien.
Panne de bleu : mon encrier séteint
et me fait taire avant lâge.
Ma plume grisonne, elle qui devrait rougir
au baiser de la feuille vierge,
à son sourire dautomne,
mais elle résonne, creuse et crevée.
Quentin Desclaux
(Note de lecture parue dans le numéro 48 de la Tribune Internationale des Langues Vivantes)