Rui Carvalho Homem, Poetry and Translation in Northern Ireland,
Dislocations in Contemporary Writing
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Chippenham and Eastbourne, CPI Anthony Rowe, 2009, 252 pages, ISBN-13 : 978-0-230-22116-1

L’ouvrage entreprend d’examiner la production poétique et traductive d’une sélection de poètes contemporains d’Irlande du Nord, depuis l’incontournable Seamus Heaney, ressenti comme l’incarnation du canon poétique irlandais, jusqu’à ses contemporains, ceux qui écrivent « après » lui ou encore « par opposition à » lui ou « par contraste » (et non nécessairement « contre » lui), à savoir Derek Mahon, Michael Longley, Paul Muldoon et Ciaran Carson. Les analyses envisagent tant le terrain ou l’espace qu’ils comptent occuper en littérature que celui qu’ils revendiquent comme traducteurs. Dans ce but, l’auteur, Rui Carvalho, Homem, clarifie les vecteurs qui orientent la pensée et la production poétique ou littéraire de l’Irlande du Nord depuis le XIXe siècle dans son introduction intitulée, précisément, « On Rewriting as Dislocation ».
Rappelant que l’étymologie du terme « traduction » s’apparente intimement à celle du terme « métaphore » et signifie « déplacement » ou « transport » qui, dans le cas précis de la traduction interlinguale, implique aussi le jeu du paradoxe et de la découverte, Homem souligne que l’Irlande du Nord est en véritable « état de traduction». La notion d’espace et de lieu, tout d’abord, semble indissociable de celle d’écriture – la géographie n’est-elle pas, au sens étymologique, synonyme d’écriture de la terre ? L’étude de l’espace géographique et celle du texte entretiennent donc une logique relationnelle et se chevauchent à plus d’un égard. Ces relations inter-situationnelles et intertextuelles se polarisent aussi dans un temps donné et aboutissent à la production d’une écriture qui est aussi réécriture des textes du passé qui s’orientent, cette fois, vers d’autres lieux et d’autres temps.
Reconnaissant l’imbrication de l’écriture originale et de la traduction comme spécificité de la poésie contemporaine de l’Irlande du Nord, l’auteur analyse les variétés et les différences que présentent les diverses appropriations textuelles qui forment le corpus poétique envisagé. Car la marque de ces formes de traductions actuelles est celle qu’André Lefevere défend, à savoir une traduction orientée vers la culture cible – la traduction serait un ensemble de faits qui concernent le système cible (G.Toury). Les poètes-traducteurs feront néanmoins des choix différents à diverses étapes de leur carrière respective, et le poids accordé à la traduction dans l’économie de leur production variera. Au-delà de cette constatation, l’auteur étudie l’ampleur du champ poétique, comme diction et comme représentation, tel qu’il se voit enrichi par les diverses pratiques traductives identifiées. D’une part, il faut souligner l’audace et l’ingéniosité de certaines appropriations par lesquelles le poète-traducteur donné fait siennes les paroles de l’autre. D’autre part, ce phénomène est aussi en compétition avec les gratifications qu’offrent la différence et la conscience de la pluralité de toute forme de diction et d’imagination. Cette attention toute particulière à la traduction vécue comme une source de variété, d’enrichissement, comme une pratique qui crée une tension ou un équilibre entre des voix distinctes – lesquels pourront donner naissance à de nouvelles significations potentielles plutôt que de faire écho au même sens – a été le principe fondamental de choix des auteurs et des textes explorés dans l’ouvrage.


Nadia D'Amelio