A Hymne to Christ,

at the authors last going into germany

 

In what torne ship soever I embarke,

That ship shall be my embleme of thy Arke ;

What sea soever swallow mee, that flood

Shall be to mee an embleme of thy blood ;

Though thou with clouds of anger do disguise

Thy face ; yet through that maske I know those eyes,

Which, though they turne away sometimes,

They never will despise.

 

I sacrifice this land unto thee,

And all whom I lov'd there, and who lov'd mee ;

When I have put our seas twixt them and mee,

Put thou thy sea betwixt my sinnes and thee.

As the trees sap doth seeke the root below

In winter, in my winter now I goe,

Where none but thee, th'Eternall root

Of true Love I may know.

 

Nor thou nor thy religion dost controule,

The amorousnesse of an harmonious Soule,

But thou would'st have that love thy selfe : As thou

Art jealous, Lord, so I am jealous now,

Thou lov'st not, till from loving more, thou free

My soule : Who ever gives, takes libertie

0, if thou car'st not whom I.love

Alas, thou lov'st not mee.

 

Seale then this bill of my Divorce to All,

On whom those fainter beames of love did fall ;

Marry those loves, which in youth scattered bee

On Fame, Wit, Hopes (false mistresses) to thee.

Churches are best for Prayer, that have least light:

To see God only, I goe out of sight :

And to scape stormy dayes, I chuse

An Everlasting night.

Hymne au Christ,

lors du dernier départ de l'auteur pour l'Allemagne

 

 

Quel que soit le méchant navire qui m'emmène,

Ce navire sera de ton Arche mon emblème ;

Quelle que soit la mer qui m'emporte, ses courants

Seront pour moi un emblème de ton sang.

Bien que tu voiles sous des nuages coléreux

Ta face, sous le masque je reconnais tes yeux,

Qui, bien que parfois détournés,

Ne méprisent jamais.

 

 

Cette Ile, elle t'est par moi sacrifiée,

Et tous ceux que j'y ai aimés, et ceux qui m'ont aimé ;

Quand j'aurais mis entre eux et moi ces eaux,

Mets entre mes péchés et toi tes eaux,

Comme la sève de l'arbre descend vers ses racines

En hiver, dans mon hiver je pérégrine

Vers où nul que toi, l'éternelle racine

De l'amour, je n'imagine.

 

 

 

Ni ta religion, ni toi ne contrôlent

D'une âme harmonieuse les amoureux envols,

Mais tu voudrais que cet amour soit tien ; comme toi,

Seigneur, tu es jaloux, je suis jaloux cette fois,

Tu n'aimes pas tant que tu n'as pas en m'aimant plus encore

Libéré mon âme ; celui qui donne est celui qui dévore :

Oh, si tu n'as cure de savoir qui j'aime,

Hélas, c'est que tu ne m'aimes pas toi-même.

 

 

 

Scelle donc ma rupture avec tous ceux

Sur qui sont tombés les rayons d'un plus faible feu.

Epouse ces amours éparpillés dans leur jeunesse

Sur gloire, esprit, espoirs, qui sont fausses maîtresses.

Mieux vaut pour prier que l'église soit obscure :

Pour ne rien voir que Dieu, j'ai besoin de m'exclure ;

Pour échapper à l'orage, je m'adresse

A la nuit qui dure.