Pascale Moré

 

AU-DELÀ

 

La poésie de Pascale Moré est, à l'instar de ses photographies,
forte, vibrante, tragique et douce.

Elle crée son propre registre où la parole oubliée des mythes,
la voix de la Tradition, le chant des aèdes disparus,
vibrent encore au plus profond de l'être.

Format 130 x 200 - 64 pages - 18,60 euros - ISBN 2-909 159 -18-3

 

Ces bulles de savon

où l'on cherche en vain un sens

reflets irisés du monde

à peine miroir

où croire que l'on existe

Est-ce ainsi que nos vies

montent au ciel ?

Se laisser porter

par le vent

Sans y penser

 

*

 

Francis Coffinet

 

JE T'AI CONSTRUIT DANS LA PROMESSE

 

Simples et drus, les mots de Francis Coffinet s'infiltrent lentement dans la substance crayeuse du verbe. A peine écrits ou dits qu'ils se dérobent et s'effacent, mais pour mieux revenir sous un autre rythme, une autre image. D'un mot à l'autre, l'aile de la poésie se déploie, se replie et crée le monde dans un ciel où la philosophie est celle de l'ondée.

JE T'AI CONSTRUIT DANS LA PROMESSE est un parcours qui s'inscrit dans le mouvement secret de la parole où se trament tous les instants, toutes les figures que la vie rend possibles ; c'est aussi un chant qui dit le silence nécessaire au franchissement du temps.

Format 130 x 200 - 48 pages- 18,60 euros - ISBN 2-909159-33-7

 

*

Francis Coffinet

 JE T'AI CONSTRUIT DANS LA PROMESSE

I created you in the promise

Traduction anglaise de Patricia Nolan

Format 130 x 200 - 48 pages- 18,60 euros - ISBN 2-84719-033-3

FRANCIS COFFINET: Je t'ai construit dans la promesse, I created you in the promise, Traduction en anglais de Patricia Nolan ( Editions Anagrammes ) Comment faire que la parole ne soit pas ce qui se dérobe à tout instant ? Dans ce mince recueil Francis Coffinet s'interroge, propose des avancées sans jamais se départir d'une pensée exigeante, d'une écriture resserrée. Certes la lecture de ces poèmes est difficile mais à travers elle on devine que le chemin entrepris par Francis Coffinet suppose de sa part un travail d'orfèvre. Que dit-il donc qui traduise cette quête de la parole ? Tout d'abord que celle-ci se fraie un parcours sans cesse à recommencer puisqu'elle est confrontée à la présence du temps, à son érosion par celui-ci et qu'il faut descendre au plus bas de soi pour la découvrir: " Nous avons atteint / les strates les plus enfouies de la parole, / les grandes amours souterraines ", écrit-il. Pareille recherche est aussi solidaire d'un autre facteur: ce qui joint l'infiniment grand à son contraire, car découvrir le verbe c'est prendre conscience de l'étendue du monde, de sa réflexion sur l'homme, c'est aller du macrocosme au microcosme: " Pour garder sur les doigts les empreintes du ciel / je saisis en son vol le bombyx par les ailes. " Au cours de ce voyage le pèlerin qu'est le poète se heurte aux obstacles que constitue la matière. Alors ne serait-ce pas du côté de la lumière que naîtrait la révélation et l'univers ne se reflète-t-il pas dans ce qui est le témoin de la fragilité de l'homme ?: " tu ne perçois le monde que par tes cils / et ton sourire ", déclare Francis Coffinet. Fragilité humaine certes car toujours autour de soi rôde la mort associée au temps. Dans un même mouvement s'accomplit cette tentative de se soustraire à toute menace pour tenter d'unir passé et présent dans un même élan. En effet l'histoire n'est qu'un perpétuel commencement et toute l'humanité semble se fondre dans un même creuset. Francis Coffinet remonte aux sources pour constater la présence d'un destin commun: " La cicatrice pariétale / la même, découverte à Lascaux / et sur le front de ce garçon / retrouvé ". Il faut s'en remettre à la mémoire pour perpétuer la parole et sa présence: nul ne saurait rendre les armes devant l'oubli qui consacrerait la perte de ce qui unit les hommes dans le registre du Verbe: " Ici un homme, sans cesse, se remémore / tous les noms des vivants / dès qu'il en oublie un / un autre homme, plus haut situé sur le versant, / l'accueille en sa mémoire ". Car pour Francis Coffinet résister, être présent sont des maîtres mots qui conjurent l'absence. Il n'est pas de fuite, pas d'échappatoire à espérer: chacun doit répondre présent au monde dont il est le passager provisoire. Il écrit: " et pour que nul ne le fuie / on a noué un drame à chacune de ses extrémités. " Alors qui commande à nos actes ? Quel destin est réservé à chacun de nous ? Pas de réponse, mais par le biais de l'interprétation, ne comprend-on pas que nous détenons ce pouvoir de receler le futur, d'admettre que ce n'est pas en ce monde que s'accomplira la promesse, mais ailleurs: " En moi se meuvent des enfants / qui verront le jour en d'autres galaxies ", conclut le poète. Traduire ces poèmes n'était pas travail aisé et Patricia Nolan a choisi de rester proche du texte français. Elle n'a pas cherché à contourner les difficultés et s'en tient à la traduction fidèle d'une écriture volontiers abstraite: donnons à titre d'exemple ce poème: Comme si la mort venait parfois uniquement / pour prendre notre mesure / les quatre éléments / unis dans l'accomplissement de l'ovale qui devient en anglais: As if at times death came solely / to measure us / the four elements / united in the perfection of the oval Il en est de même pour l'ensemble de ces textes soumis à la même volonté de serrer au plus près le texte initial. Avec ce recueil on ne peut qu'avancer des hypothèses de lecture, que ce soit en français ou en anglais, car parfois on touche à l'ésotérisme en raison d'une écriture aux interprétations multiples. Ainsi est exprimé le pouvoir d'une parole qui touche à l'ineffable et est peut-être la manifestation de la poésie la plus pure.

Max Alhau In " La traductière " Revue franco-anglaise de poésie et art visuel Numéro 24 / Juin 2006

 

Ici un homme, sans cesse, se remémore

tous les noms des vivants

dès qu'il en oublie un

un autre homme, plus haut situé sur le versant,

l'accueille en sa mémoire

ainsi, toujours, quelqu'un veille en amont.

 

*

 

Jean-Jacques Morvan

 

CÔTES DU TRÉGOR

avec 12 illustrations de l'auteur

 

Peintre de la marine, Jean-Jacques Morvan est aussi le poète des grèves et des vagues de sa terre natale, la Bretagne.
Né à Plouezoc'h, un petit village marin près de Morlaix,
il a su en garder, dans ces poèmes,
l'accent spirituel fait de rudesse et de rêve.

Format : 130 x 200 - 52 pages - 18,60 euros - ISBN 2-909159-34-5

 

Rochers de granit rose

aux épaules lasses.

Dinosaures endormis

L'enfant regarde.

 

*

 

Arturo Uslar Pietri

 

GRABADOS JAPONESES

GRAVURES JAPONAISES

 

Edition bilingue

Présentation et traduction de Philippe Dessommes Flórez

Illustrations de Pierre-Emile Durand

 

 

Ecrivain ou représentant de son pays, politique investi de lourdes responsabilités ou journaliste de la presse et de la télévision, Arturo Uslar Pietri (Caracas, 1906-2001) apparaît, au terme de l'une des vies publiques les plus longues de ce siècle (1928-1998), comme l'un des écrivains vénézuéliens les plus généreux et sincères envers leur public.

Format : 130 x 200 - 38 pages - 18,60 euros- ISBN 2-909159-46-9

 

katsura

Una casa para mirar los jardines,

para ser mirada desde los jardines,

el principe poeta compuso línea a línea.

 

katsura

Une demeure d'où contempler les jardins,

des jardins d'où contempler la demeure :

ligne à ligne, l'Ïuvre du prince poète.

 

*

 

Eric Sivry

 

INTIMES

suivis de

LÉGENDES DU FEU

 

Préface de Jean Laugier

 

« Poète en quête du feu primordial, Eric Sivry croit en l'unité originel du Verbe. Frappé par la convergence des mythes, ses recherches ne le pouvaient conduire intuitivement qu'en cette terre d'Armor et d'Argoat qu'il chante aujourd'hui. Bretagne est poésie, assurait déjà Marie de France au XIIe siècle. Quant à lui, au début du XXe, Saint-Pol Roux n'hésitera pas à proclamer : Bretagne est univers. Eric Sivry aujourd'hui le prouve »

Jean Laugier

Format : 130 x 200 - 60 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-008-2

 

Fomoré*

Les paroles combattent

de grands leurres de sable

sur le parvis des voûtes de

l'esprit

géants qui les assaillent,

les éloignant du port

et des terres nouvelles.

* Peuple mystérieux et menaçant de géants vivant dans les îles, près de l'Irlande. Il semait la confusion, même chez les dieux.

 

 

*

 

Annick Carré

 

UNE SAISON DE PIERRE

Dessins de Jacqueline Royant

Format : 130 x 200 - 40 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-004-x

 

 

Un creux bleu ride l'horizon

 

La lumière dérive

Ecume à la frange des ans

 

Au couchant

La langue de pierre

Epousera nos solitudes.

 

*

 

Bruno Marcon

 

CHRONIQUE

DES JOURS D'AVANT

Gravures de Jacqueline Royant

Format : 130 x 200 - 62 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-007-4

 

A l'orée des jours et

Des grilles

Dans l'aube des eaux

et des pluies

A l'heure des corbeaux

Et des filles

Dans l'arrogance des

Cris

 

*

 

 Henri Le Bellec

 

VOYAGES

A VOIX HAUTE

 

Format : 130 x 200 - 76 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-012-0

 

A Port Manec'h

 

La barque abandonnée

Près du moulin à marée

La vague est verte

La grève déserte

L'auberge sur l'Aven

Image bigoudène

Et là tout près où rien ne bouge

La jeune fille de soie rouge

Couleur tahitienne

Amour de Segalen

 

 

*

 

Bruno Marcon

 

ELEMENTAL

suivi de

ENTRE-DEUX

Format : 130 x 200 - 76 pages - 18,60 euros- ISBN 2 84719 014 7

 

Crépuscule

Ultime caresse

De l'aile

Vertigineusement

Lent

Blanche

 

*

 

Jean-Albert Guénégan


Si patiente était la neige

 

Le Relec et son abbaye en Plouénour-Ménez est le lieu d’inspiration de ce multiple poème.

L’auteur, au bras de l’épouse qui l’accompagne depuis plus de vingt ans, nous conduit, au cœur du Finistère,

aux pieds des Monts d’Arrée, sur les chemins romantiques de l’amour partagé, là où ne s’entend plus que le silence de la neige.

ISBN 2-84719-020-1 18,60 euros

*

 

Eric Sivry

 

LES CELTES

Poème épique

suivi de

POUR UN ART DE L'INTUITION

 

"Eric Sivry est un poète rare et courageux, on peut dire en marge &endash; et en avant &endash; de ce qui se fait actuellement, dans la petit monde de la Poésie. Alors que les porte-lyre se complaisent toujours aux jeux du bilboquet et des moins divertissants rébus, il prend par le chant, le plain-chant et les grands espaces.

On n'avait plus entendu ce ton-là depuis les romantiques, héritiers des anciens bardes, et c'est rafraîchissante aventure que de l'entendre."

Charles Le Quintrec

 

Format : 130 x 200 - 162 pages - 18,60 euros ISBN 2-84719-008-2

 

 

Drapés dans leurs habits sinistres et candides,

Ils récitent les îles, les vagues en fureur,

Les litanies du vent par les plaines humides

Du silence. On les voit conspuer le malheur,

 

Les bras tendus vers l'infini. L'ombre circule,

Palpitante d'étoiles éveillées. Les blés

Lentement s'émeuvent ployés, balancent, ondulent...

Dans la nuit vide une lumière a tremblé.

 

 

*

 

Karole Bréhat

 

GOÉLANE

  avec des illustrations de l'auteur

 

« Goélane » : c'est le fruit d'une histoire d'amour éternel - ou d'une éternelle histoire d'amour - entre Karole (Bréhat) et « son » goéland, « son » bel oiseau des mers.

Elle lui a confié la mission de survoler le monde, des fois qu'il découvre sur notre terre un soupçon de bonheur, une goutte de vérité parmi le genre humain : « Goélane, il est temps. Entrouvre tes paupières... Frotte toi aux vivants ».

Goélane déploie ses ailes, Karole prend sa plume pour mieux accompagner son messager. A eux la quête vers l'infini, vers la liberté...

« Goélane » c'est en quelque sorte un livre de bord qui raconte ce voyage au-dessus de nos têtes mais qui renvoie une image bien aride de nos âmes.

A force de mots, avec une énergie insufflée par ses maîtres et pairs, poètes, écrivains, philosophes, (Léo Ferré, Marguerite Yourcenar, Ciceron, Jean Beaufret) Karole Bréhat fait état d'une affligeante réalité que l'actualité de chaque jour ne fait que renforcer.

« Quand les êtres sensés trouveront nécessaire d'enseigner la Beauté à tous leurs congénères, les mots de nos idées n'auront plus de frontières et sauront désarmer les mots partis en guerre », réfléchit-elle.

« Nous les hommes, nous sommes tous séparés. Dans le ciel fraternisent les oiseaux et les loups sur la terre », lui répond en écho Fazil Hüsnü Daglarca, poète turc contemporain.

Encres de Chine, pastels (oeuvres de l'auteur), photos (mains de Léo Ferré, sculptures de Rodin qu'elle affectionne particulièrement) accompagnent les poèmes.

« Goélane » s'apprécie à tête reposée, il est vrai. En échange, si ce livre nous amène à sortir de notre médiocrité, de notre apathie et de notre résignation, il contribuera à la réussite d'une mission accomplie.

Isabelle CROCHARD
Journaliste

 

Format : 150 x 200 - 362 pages - 32 euros - ISBN 2-84719-016-3

 

 

IL EST TEMPS

 

 

Goélane, il est temps...

 

Entrouvre tes paupières... Frotte-toi aux vivants...

Prends ta plume légère... Ecris ce que tu sens...

Peins... si l'imaginaire est assez complaisant...

Ecoute l'Univers...

Aime, chemin faisant...

Vois-tu ce chiffre impair tatoué savamment ?

C'est ton nombre-mystère, ton signe éblouissant...

Tu seras prisonnière de son feu dévorant si tu ne sais pas taire ce que l'autre défend...

Goélane...

Il est temps d'entrer dans ta lumière !

 

 *

Jean-Albert Guénégan


Si patiente était la neige
Se paziente era la neve

Traduction en italien de
Franco Martino

Le Relec et son abbaye en Plouénour-Ménez est le lieu d’inspiration de ce multiple poème.

L’auteur, au bras de l’épouse qui l’accompagne depuis plus de vingt ans, nous conduit, au cœur du Finistère,

aux pieds des Monts d’Arrée, sur les chemins romantiques de l’amour partagé, là où ne s’entend plus que le silence de la neige.

ISBN 2-84719-040-6 18,60 euros

 

*

 

  Bruno Marcon

ATMOSPHERES


avec des illustrations de Brigitte Morin

  Le don n'est plus

D'aucun lieu retentir

Rayé le nacre bleu

Débardé


L'indiscible

  ISBN 2-84719-036-8 18,60 euros

 

  Henri Le Bellec

CHEMINS
DU TEMPS INTIME

suivi de
Îles

 Format 130 x 200 - 124 pages - 18,60 euros - ISBN 2 84719 039

  

Si proche, si loin. Deux pas les séparent autant qu'une nuit d'obscur ressentiment.
Il n'est de silence que celui que l'on accepte quand on répugne aux mots. Mais la servitude du sourire imposteur cache mal la misère.
S'agit-il d'un secret douloureux, d'un lendemain incertain, d'une promesse que l'on sait perdue parce que déjà morte ?
La liberté elle-même prise au piège de la tyrannie du silence.
L'eau ensorceleuse se moque du passé, de l'avenir qu'elle ne connaît pas. Son courant éloigne plus vite qu'il ne rapproche. Les ombres qui s'y mirent sont les seules images du présent.
Se peut-il que dans le prisme de l'été de fluviale clarté, à la seconde de la résurrection du jour, ne résonnent les premiers mots de la vie retrouvée ?

 

  André-Laurent Mathécade

ELOGES & DEDICACES

Prix Orpheus 2007

A L’ARBRE DE MON JARDIN


Il est dans mon jardin un arbre toujours vert
Qui pousse vers le ciel le réseau de ses branches
Comme une image en raccourci de l’univers,
Et s’orne avec le temps de glands ou de fleurs blanches.

Mais vers la terre aussi un réseau se retranche
Dans la glaise enfoui de branches à l’envers,
Et cherche à l’autre pôle une obscure revanche
Pour refaire au soleil ses fleurs à découvert.

La sève lentement parcourt d’un bout à l’autre
Des deux extrémités le long chemin de vie
– Comme coule le sang dans ce corps qui est nôtre –

Avec elle emportant l’espérance assouvie
De refaire, à la fois pour la sienne et la vôtre,
La boucle du retour éternel poursuivie.

 

*

 

A LA RIVIéRE DES SOUVENIRS

A la rivière des souvenirs je confie
Mes secrets, et dans l’eau qu’elle emporte à la mer
J’aperçois les reflets de ce que fut ma vie,
Troublés et confondus par la brise légère.

C’est un petit garçon qui joue au bord de l’eau,
C’est le fil de l’aiguille à la croisée des lèvres,
C’est un soupir d’amour au milieu des sanglots,
C’est la course à la mort dans les bras de la fièvre.

Mais c’est aussi des voix et des chuchotements
Qui montent jusqu’à moi du fond de la rivière
Et s’irisent d’écume et de balbutiements,

Pour rappeler l’accent de ceux qui m’étaient chers
Et faire avec le vent revivre les moments
Que l’oubli a tués dans l’esprit et la chair.

Format 130 x 200 - 84 pages - 18,60 euros - ISBN 2 84719 044 9


André-Laurent Mathécade
Eloges et Dédicaces

Note de lecture de Pascale Moré

La poésie d'André-Laurent Mathécade est à la fois savante et limpide, archaïque et moderne, attentive au monde sensible et tournée vers l'au-delà des apparences, lyrique et mesurée, sensuelle et mystique, marquée par l'instabilité et en quête de permanence et de vérité.
Une telle richesse, une telle complexité, font du recueil " Eloges et Dédicaces " une œuvre majeure et profondément originale, ne dévoilant ses secrets qu'à un lecteur scrupuleux. Plus on écoute avec attention cette musique particulière, plus on perçoit des thèmes et un langage qui ne sont pas sans rappeler l'esthétique et la pensée baroques. Quoi de plus naturel que cette connivence avec les auteurs de cette période elle aussi vouée à d'incessants changements, à l'instar de notre monde en pleine mutation, où les repères anciens sont en train de disparaître ?
L'ouvrage s'ouvre sur un texte aux accents très Rimbaldiens, véritable hommage au poète Lautréamont. Le clin d'œil au texte " Je te salue, vieil océan ! " est évident, comme si Mathécade plaçait résolument son œuvre sous le sceau d'une certaine modernité, ou du moins d'un refus des conventions littéraires (Lautréamont symbolisant la révolte). Car ne nous y trompons pas : malgré les apparences, l'ouvrage n'est pas la reprise de formes poétiques et de thèmes éculés. Le poète foule aux pieds toute mièvrerie, tout conformisme. Son langage peut devenir vent, ressacs, géants d'écume. Il est le souffle même de l'avenir, le Temps qui marche, les grandes forces du Cosmos reliées aux astres, aux mythes, à l'au-delà de la vie. Ce langage est " une avalanche de vocalises et de signes " crachant des catarrhes de lumière et d'ombre comme les puissants hoquets des dieux - des dieux jeunes et oublieux, des dieux rimbaldiens, des dieux à la face d'anges ricaneurs et iconoclastes, éclaboussés d'avenir.
Après cette ouverture pour le moins particulière, les textes du recueil se moulent dans une forme plus rigide, très souvent le sonnet, mais la pensée demeure infiniment souple, sinueuse, mystérieuse, presque ésotérique. Curieusement, les contraintes de la rime, les " gênes exquises " dont parlait Valéry, sont comme un tremplin pour la pensée, pour l'esprit en quête de précision, d'exactitude de l'expression, de fidélité au rendu des sensations, des impressions, des pensées les plus éphémères, les plus rétives, les plus imperceptibles.
Car la poésie de Mathécade est à la fois sensible, sensuelle, et " intellectuelle ", cérébrale. Le ton de certains textes est assez détaché. Il s'agit quasiment de démonstrations en alexandrins, froides et presque teintées d'humour, au sens où l'humour est une distanciation, avec des expressions comme " le commun des Zéphyrs ", et quelques néologismes dont ne se prive pas A-L Mathécade, qui, fidèle à l'esthétique baroque, aime jouer sur les mots.. Il lui arrive même de parler au nom d'un autre poète, ajoutant un voile de plus au sens de ses textes, peut-être par pudeur, par souci du secret, de la préservation de son propre secret comme de celui des personnes aimées : ses textes " cachent et montrent " sa vérité " comme une étoile ", pour reprendre les termes de Verlaine lorsqu'il évoquait la poésie .
Ainsi Mathécade prend le relais d'illustres prédécesseurs, comme le coureur saisit le témoin, et poursuit le chant à sa façon, écho d'un autre écho - puisque les poètes d'antan se faisaient l'écho des éléments, dit-il. Il creuse dans la terre de l'oubli, déterre des poèmes enfouis, se nourrit de leur chant, et poursuit la mélodie à sa façon, tout en laissant parfois entendre, en seconde voix, celle de l'artiste disparu - comme dans une fugue à deux voix de Jean-Sébastien Bach…

André-Laurent Mathécade oscille entre une poésie de l'instantané et une poésie de la durée - durée intérieure, personnelle, et durée universelle. Beaucoup de textes sont des méditations et les images qui se succèdent ont valeur de symboles (un coucher de soleil, un arbre dans la neige, une bulle d'eau…). Ces instantanés, ces visions fugaces, conduisent toujours à des réflexions sur le mystère de la Vie - celle de l'homme et celle de l'Univers, celle de l'homme dans l'Univers, le microcosme étant une image en raccourci du macrocosme. Il ne nous décrit pas l'univers, mais son regard plonge dans le réseau de ses forces obscures, qu'il dévoile : sa poésie est un dévoilement permanent, comme si le poète cherchait sans cesse à percer la vérité du Cosmos, son secret, l'Ordre caché, la Pierre Philosophale - retrouvant dans sa démarche même le sens premier du mot " vérité ", qui est celui de " dévoilement " (" alèthéia ", que nous traduisons par " vérité ", signifiait étymologiquement " sans le voile " " qui ne se cache plus, qui sort du secret ")…
Le regard de Mathécade se porte donc bien au-delà des apparences sensibles, perçoit les grands cycles qui régissent le Temps, l'entremêlement de la vie et de la mort, l'envers et l'endroit, ce qui relie le haut et le bas.
Et si le monde n'avait aucun sens ? Et si tout n'était que matière inerte, vouée à la seule perpétuation de nos imperfections ? Et si le Grand Tout était un " Rien " ? La vérité de cette grande alchimie qu'est la Vie universelle, de ce creuset où nous naissons pour mourir, pourrait être ce Rien… Proche en cela de la sensibilité dite " baroque ", Mathécade a une conscience aiguë du temps qui passe, de la menace de la mort, qu'il personnifie : celle-ci avance masquée, brise les rythmes, éteint les chants : la mort est l'antithèse de l'harmonie et de la beauté, de l'ordre : elle est le désordre par excellence.
Pas de rêve d'immortalité, donc, mais un regard lucide sur la putréfaction des choses et des êtres . Et pourtant, les textes de ce recueil ne sont pas nihilistes et désespérés : lorsque le poète évoque le Monde, il dit aussi que " l'amour (y) est vainqueur " ; il voit un " mystérieux amour // qui s'écoule dans l'arbre au-dessous de l'écorce ". La vie est sous-tendue par " une idée de survivre ", une volonté d'" achever la fable " : chaque jour est une véritable renaissance, un petit miracle de lumière et d'espoir. Bien que la vie humaine , semblable à la bulle d'eau " née d'un savon malpropre ", ait commencé " au milieu d'un cloaque ", de l'imperfection et du chaos peuvent émerger la beauté, l'harmonie (la bulle d'eau est " toute ronde "), des sentiments, des émotions, un désir d'élévation (" elle s'envole "). Mais toute vie individuelle est fragile, vouée à la dissolution, " elle éclate en parcelles infimes ". Vivre et comprendre, ce serait donc rassembler ce qui est épars, grâce au " Troisième œil ", à cette " goutte d'or " placée au centre du cerveau, de " la masse encéphale ", cet esprit au sein de la matière…Ainsi Mathécade porte un regard d'alchimiste sur l'imputrescible esprit qui survivrait à la dissolution de la matière mortelle dans le grand charnier universel, et cette idée lui permet de " trouver au réveil peut-être un peu d'espoir ".
Mais jamais il n'étale son Moi : dans ce recueil tout est modestie, pudeur, retenue. Le poète y parle parfois au nom d'un autre, reprenant à son compte la mythologie, reliant les époques entre elles, traçant une continuité poétique… Il déroule un fil invisible le rattachant aux poètes et aux hommes de toutes les époques. Ses phrases épousent l'amplitude de sa pensée, elles enjambent les vers et même les strophes sans s'attarder à la rime, passant de vers en vers comme on descendrait un escalier. La rime produit alors une musique discrète, sobre, une mélodie en sourdine ; les assonances se multiplient , échos mélodieux, les diérèses ralentissent le rythme. On croirait une causerie lentement déroulée, ou bien encore une marche prudente dans le noir, exploré à tâtons, avec pour appuis les repères rassurants de la rime. " Éloges et Dédicaces " n'est donc pas un chant déclamé haut et fort, c'est un doux récitatif à voix basse, comme avance, calmement, à pas mesurés, la ligne mélodique d'un prélude de Jean-sébastien Bach, dont les sinuosités suivent une géométrie secrète et nous conduisent vers le point d'orgue final.

Ainsi l'œuvre de Mathécade résonne comme une interrogation silencieuse, un cri blanc, un écho venu de l'autre côté du temps… Et coule encore en nous, longtemps, le murmure d'une voix accordée aux êtres et aux choses les plus humbles, aux sensations universelles de la fuite du temps, du regret des êtres chers, de la nostalgie de l'enfance, comme aux plus hautes questions que s'est posées l'être humain depuis l'aube de l'humanité.
Le lecteur ne peut que saluer cet ensemble de textes de haute inspiration, régis par une très forte unité - à la fois dans le ton et dans la pensée - et l'on comprend le choix unanime des membres du jury du Prix de Poésie qui lui a été décerné.


Pascale Moré, le 6 juillet 2008


  Dionne Brand

Land to light on

Une terre où se poser

 

Traduction de

Nadia D'Amelio

Format 130 x 200 - 150 pages - 18,60 euros - ISBN 2 84719 056-2

I have been losing roads


Out here I am like someone without a sheet
without a branch but not even safe as the sea,
without the relief of the sky or good graces of a door.
If I am peaceful in this discomfort, is not peace,
is getting used to harm. Is giving up, or misplacing
surfaces, the seam in grain, so standing
in a doorway I cannot summon up the yard,
familiar broken chair or rag of cloth on a blowing line,
I cannot smell smoke, something burning in a pit,
or gather air from far off or hear anyone calling.
The doorway cannot bell a sound, cannot repeat
what is outside. My eyes is not a mirror.

Les chemins que je perds


Ici bien loin je suis comme un être sans drap
sans branche, pas même sûre de la mer,
sans la douceur du ciel ni les bonnes grâces d'une porte.
Si je suis paisible en ce mal-être, ce n'est pas la paix,
c'est l'habitude de la douleur. C'est la fuite, la méprise
des étendues, l'éraflure dans la veine, ainsi debout
à la porte je ne peux faire surgir le jardin,
la chaise bancale ou le chiffon sur le fil au vent,
je ne peux sentir la fumée, ce qui brûle dans un trou,
ni respirer l'air venu du loin ni entendre quelque appel.
La porte ne peut tinter ni répéter
le dehors. Mes yeux ne sont pas miroir.

Dionne Brand

Poète et romancière Canadienne Afro-Caribéenne, Dionne Brand est une exilée qui a fait une force de son vécu constellé de multiples déplacements/décentrements. De descendance africaine, son histoire culturelle et linguistique a été tronquée par la déportation de ses ancêtres d’Afrique vers le Nouveau Monde. Sa vie dans les Caraïbes porte la marque du traumatisme infligé par le colonialisme, à savoir les bouleversements linguistiques, culturels, psychologiques dont elle traite souvent dans ses poèmes et romans. Au Canada, bien qu’elle se soit heurtée au racisme et au rejet, elle s’est forgé la réputation d’un auteur multiculturel multifacette qui laisse une marque indélébile sur la mosaïque culturelle dans laquelle elle s’inscrit.

Land to Light On / Une Terre où se poser
La poétesse livre ici ses sentiments les plus intimes à son arrivée au Canada et plus tard, lorsqu’elle y a trouvé ses marques. Déportée dans ce vaste pays de glace et de froid, elle ne recueille pas l’accueil qu’elle avait peut-être espéré, dit ne pas mener la vie « ample » qu’elle aurait voulu avoir à la poursuite de son rêve de « révolution ». Stupeur devant la cruauté de certains,profonde solitude et frayeur à chaque bruit de pas, aliénation de sa terre natale et de ses parents, nostalgie douloureuse de son passé caribéen, de son enfance autour de laquelle gravitaient des femmes, ses tantes notamment, dont elle garde un souvenir plein d’affection et qui nourrissaient leur propres rêves d’évasion ou de bonheur immédiat. Évocation d’un discours politique sur les révolutionnaires des anciennes colonies et le rapport inégal et injuste de ces pays au monde riche. La femmes en tant que telles occupent dans ces poèmes, parfois prose poétique, une place prépondérante : Dionne Brand rend un hommage empreint de beaucoup d’amour à celles qui souffrent toutes les guerres en silence et incarnent tous les espoirs déçus.

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Pascale Moré


Leçons
du
silence

 


Au pied du grand hêtre impassible
paroles vaines
Figure de proue sur la mer des fougères
il accueille le vent


Pierre de lune tournoyant dans le bleu
un vautour
maître du silence


Le chant des grillons verse le soleil
dans le dédale de mes veines

La chair quitte les os

Je ne suis rien
sinon lumière

 

Format 150 x 200 - 72 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-057-0

 

 

Réflexions sur la poésie

(Conférence prononcée à l'occasion de la parution de l'ouvrage)

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Le terme poésie vient du mot grec " poïein ", signifiant " faire, créer ", qui se différencie radicalement d'un autre verbe, " pratteïn ", dont le sens est aussi " faire ", mais faire des affaires, des choses tangibles, pratiques, directement utiles, visibles.
Non que la poésie soit inutile , mais elle est d'une autre utilité ; elle est, quant à elle, du domaine de l'invisible… c'est-à-dire - risquons-le - de l'essentiel, comme le disait Saint-Exupéry dans le Petit Prince : " L'essentiel est ce qui est invisible "…
Or aujourd'hui, dans cette société où tout doit servir à quelque chose, où tout doit être " rentable ", économiquement rentable, les poètes sont nécessairement des intrus, des gens inutiles, de doux rêveurs - je dirais plutôt, pour ma part, de dangereux rêveurs… car l'acte d'écrire de la poésie, le fait même de vivre en état de poésie (état que je tenterai de définir ultérieurement), sont en eux-mêmes subversifs ; subversifs parce que non conventionnels, hors normes, échappant à toute emprise d'ordre idéologique, à toute forme de domination sur les consciences.
Ainsi la poésie est bien, avant tout, liberté : non seulement elle libère, mais elle est libre ou elle n'est pas. Elle est d'un autre ordre que celui dans lequel nos sociétés de type occidental veulent nous enfermer. Elle nous renvoie à nous-même, à l'ordre du monde, à la beauté du monde, à notre place dans ce monde, au sens de la vie et de la mort, au temps et à l'éternité.
Dans cette civilisation où tout devient objet de consommation - même l'Art - où l'être humain, assailli de toutes parts par des besoins qu'on lui a créés de toutes pièces, dans un espace de bruit, de désordre, de fureur, où la satisfaction de nos désirs nous renvoie le triste miroir de notre finitude, être poète peut sembler une gageure, un luxe inutile, voire une folie.
C'est un acte de liberté.
Et aujourd'hui, en cet instant suspendu au-dessus du temps que nous avons choisi de consacrer à la poésie, nous sommes au cœur même de sa définition : ce " faire " (poïein) dans lequel nous sommes a lieu malgré nos obligations (étymologiquement : " ce qui nous attache "), malgré nos incontournables tâches matérielles, en dépit de la routine dans laquelle nous sommes enchaînés . De cette échappée hors de notre quotidien vers cet espace de lumière et d'ombre, nous reviendrons, je l'espère, les bras chargés de bruyère et de chants d'oiseaux, d'aurores et d'ardeurs nouvelles - ardeur à vivre, à voir, à écouter le monde, les autres, son propre cœur, le silence du monde, son propre silence…
C'est cette notion même que j'ai choisi d'utiliser pour le titre de mon dernier recueil : " Leçons du Silence " .
Loin de moi l'idée de vouloir donner des leçons ! C'est le Silence qui m'en a donné, qui peut nous en donner à tous . De quel silence s'agit-il ? En quoi peut-il être bénéfique ?
Dans notre monde assailli par tant de bruits parasites, dans notre civilisation où l'on parle tant, où l'on entend sans cesse des flots de paroles dans le meilleur des cas sans intérêt, et dans le pire dangereusement manipulatrices , des flots de musiques simplement entendues, subies, dénaturées par le lieu dans lequel on les égrène, l'être humain a besoin de se retrouver avec lui-même dans le Silence du monde, à l'écoute de ce silence,et de son propre silence intérieur.
Silence de la nature, qui n'est pas silence absolu, total, mais une musique , une harmonie de formes, de couleurs et de sons (" kosmos " signifiait " ordre du monde ", mais aussi " parure, ornement ", pour les anciens Grecs, qui associaient spontanément la beauté à l'ordre de l'univers). Et Baudelaire ne disait-il pas que, dans cette Nature qui est
" …un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles " ,
(…)
" Les parfums, les couleurs et les sons se répondent " ?
Lorsque nous sommes à l'écoute du monde, nous nous décentrons de notre Moi, mais pour mieux nous retrouver - pour entrer en contact avec la part de nous-même qui échappe aux vicissitudes du temps, aux contingences de toutes sortes, et que nous avons parfois bien du mal à saisir vraiment, cet espace secret, ce secret qui est le nôtre, qui échappe à toute tentative d'élucidation purement mentale… Comme une bête rétive et sauvage, elle nous fuit sans cesse, n'accordant de timides et subtiles approches qu'à la poésie précisément. J'entends par poésie pas uniquement l'acte d'écrire, mais une disposition d'esprit - et de cœur, surtout de cœur - qui nous met en relation avec notre secret intime, avec ce qui ne peut être exprimé par le langage de tous les jours, que j'appellerai langage " profane " - au sens étymologique de " qui reste à l'entrée du Temple, de l'espace sacré ". Car la poésie est la clef qui nous ouvre les portes du " sacré ", qui nous permet de sortir du temps profane, avec nos désirs, nos soucis, nos calculs, nos angoisses, pour entrer dans le temps sacré.
En écoutant le monde, en écoutant aussi la voix secrète de son être, (et souvent elle se met à parler quand on est à l'écoute du monde) on se purifie. Ecouter, c'est aussi voir bien entendu. Entrer en état de poésie, par la création littéraire, par le simple fait d'être à l'écoute du monde, ou par la lecture d'un poème, c'est se purifier. C'est se nettoyer de ses désirs, de certaines pensées obsédantes, de ses espoirs et de ses rêves… Car nous sommes alors dans l'instant présent.

Parfois ce silence est immense, absolu, " éternel ", comme disait le philosophe Pascal (" Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ")… C'est alors le Silence de l'univers, des grands espaces interstellaires… C'est le signe de notre fragilité, de notre solitude essentielle, celle de tout homme , face à son destin, face à la mort.
La Poésie nous met aussi à l'écoute de ce silence-là, de cette voix cosmique, sauvage, tragique, que l'on perçoit en sourdine derrière le chant des oiseaux, derrière le murmure de la mer, derrière les pages de notre vie, tournées une à une… Alors la Beauté du monde nous renvoie au mystère de la Vie elle-même, au sens de l'existence humaine, à cette béance sans nom, à ce silence inouï qui tombe des étoiles…
La poésie peut nous permettre de combler ce besoin de spiritualité, que tout homme, à un moment donné de sa vie, ressent.
Spiritualité n'a pour moi rien à voir avec croyance, dogme ou système . Chaque fois que la poésie est l'expression d'un dogme, qu'il soit religieux ou politique, elle perd sa raison d'être, elle n'est plus qu'un moyen au service d'une fin. Alors qu'elle doit être une fin en elle-même, absolument gratuite, dénuée de toute fonction d'utilité directe, de même que l'être humain doit être une fin en lui-même. Ce qui la rend absolument libre. Et c'est en cela qu'elle est spiritualité, parce que spiritualité est, par essence, liberté : corps et pensée ne font plus qu'un ; nous devenons rameaux de sève et de lumière ployant légèrement sous le vent, parcelle de l'univers, conscients, l'espace d'un éclair, de l'évidence de l'être, traversés par la brûlure de la lucidité, " la blessure la plus rapprochée du soleil ", disait René Char. Et en même temps traversés par le mystère…
Loin de toute contingence, de toute attache, de toute pesanteur, le souffle du monde nous traverse, nous respirons le monde (spiritualité vient de spiritus, le souffle), au point que la frontière entre intérieur et extérieur en arrive à s'effacer. Nous devenons " poreux à toutes les eaux du monde ", selon la très belle expression d'Aimé Césaire. Lorsque l'on est en état de poésie, le monde et soi-même ne font qu'un. Il n'y a plus de limites. Notre centre est partout et notre circonférence nulle part, pourrait-on dire en plagiant le philosophe Pascal lorsqu'il tentait de définir Dieu. Les seules limites sont celles du langage, des mots : comment faire partager cette expérience de l'illimité, de l'incommensurable, par le biais de ce qui est limité, réducteur ?
Je n'ai pas l'intention de faire un exposé sur l'histoire du langage poétique. Simplement rappeler que, dès l'origine, le poète est considéré comme celui qui peut attirer à lui, par le pouvoir de son chant, les êtres qui l'écoutent. Et l'on songe à Orphée évidemment .Ce pouvoir d'incantation, de charme (au sens premier ..), presque d'envoûtement, est dû à la qualité de son chant. La poésie est bien un chant, une musique qui entraîne à soi, comme celle du sorcier de la tribu…
Bien qu'il y ait d'autres conceptions sur le sujet, je pense quant à moi qu'écrire de la poésie, c'est créer, au creux du langage, le rythme et les sons qui vont envoûter, entraîner, captiver, comme la voix des Sirènes ou la lyre d'Orphée…
Les latins et les Grecs ignoraient la rime, ils privilégiaient le rythme, les accents toniques, comme autant de mesures d'un morceau de musique. Les " Modernes ", au 16ème siècle, ont inventé la rime, les assonances . Le poète devait couler ses phrases dans ce moule, les assujettir à des règles, pour que sa parole se transmue en chant. En réalité nous savons bien que cela ne suffit pas : le véritable chant vient d'ailleurs, vient du souffle, du plus profond de l'être. Il ne vient pas de l'élégance d'une écriture, mais de la transparence d'une vie. Et c'est en cela que la poésie est bien autre chose qu'une simple écriture ; qu'elle est un silence plus qu'une parole. Et cependant elle passe par le langage. Toute la difficulté est de faire entendre ce silence à l'intérieur du langage.
C'est avec Rimbaud que les règles d'écriture vont voler en éclats. Ce dernier ne va retenir que l'essentiel - le souffle du cœur, de l'être tout entier, et qui échappe aux règles de la prosodie.
Tout au long du xxème siècle, les poètes suivent les traces de Rimbaud, à la recherche d'une parole pure débarrassée des scories du langage ordinaire, ou conventionnel. Il fallait, selon Mallarmé, " donner un sens plus pur aux mots de la tribu ", " créer un langage dans le langage ", comme disait Paul Valéry.
Cette quête de l'essentiel, du diamant verbal, a trouvé son paroxysme avec René Char, en particulier dans ses aphorismes.
Mais cette façon d'aborder la poésie, par le biais du langage, est, avons -nous dit, insuffisante : la poésie est autre chose. C'est une façon d'être au monde, c'est la recherche d'une sagesse, une ascèse, un besoin de plénitude et de pleine conscience de la vie, du temps qui passe ; une clarté.
Ce n'est pas un processus purement mental, au contraire. Elle découle d'une expérience du monde , d'une conscience aiguë d'exister, qui blesse. Ce peut être une joie qui blesse, un étonnement, un émerveillement, un doute, une révolte, une angoisse. A chaque fois le temps s'arrête, le miroir se brise…
A chaque fois l'expérience subit une transmutation .
Et cela peut naître de choses toute simples : une nuance particulière de la lumière dans une pièce vide, un souffle tiède chargé d'odeurs d'enfance, le timbre d'une voix familière, comme soudain habitée par le destin ; l'ombre insolite de tel objet quotidien sur le mur, le crépitement d'une pluie d'orage sur les feuilles du jardin…tout ce que trop peu s'attardent à regarder, à entendre, à sentir, avec tous leurs sens, toute leur conscience, toute leur mémoire. Car la poésie est avant tout conscience aiguë du temps qui passe, équilibre fugace et bienheureux sur les courbes du Devenir, au cœur de la Durée sans limites, hors du temps et de l'espace, en une sorte de temple intérieur à l'entrée duquel nous mènent toujours nos pas dès lors qu'on entre en terre de poésie.

Je viens d'essayer de vous faire partager mon expérience de poète, celle qui a présidé à la naissance de mes poèmes, mais c'est de toute façon le langage poétique qui est le plus apte à l'évoquer, et il serait préférable sans doute de se plonger maintenant dans les textes.
Quant à leur autre dimension, quant à ce qui est désormais objectivable, ce qui fait de mes poèmes des choses - ou des êtres à part entière - dont l'existence m'échappe, comportant une architecture sonore, rythmique, des réseaux de significations décelables à l'analyse, dont certains sont voulus par l'auteur, d'autres inconscients (la poésie et l'œuvre d'art étant le lieu où conscient et inconscient s'entremêlent sans cesse), quant à cet aspect-là, donc, je pense que c'est aux lecteurs, plutôt qu'à moi-même, qu'il revient de l'analyser. Même si cette analyse peut provoquer chez l'auteur des prises de conscience salutaires, son œuvre étant un miroir de lui-même. Un miroir qui lui renvoie non l'image de son être superficiel, de ses expériences vécues au fil des jours, mais l'image de son être profond, échappant aux vicissitudes de la vie, et en même temps s'en nourrissant - comme un arbre à l'envers dont les racines célestes s'abreuveraient de l'expérience de chaque jour pour irradier la sève, la lumière, vers les rameaux souterrains. La parole poétique est le moment où un renversement va s'opérer (" Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ", disait Hermès Trismégiste), où l'Arbre va se retourner, où ses branches vont accéder à la lumière, chanter dans la lumière, après avoir puisé dans les profondeurs de l'être ce qui relie cet être au grand Tout, aux dieux, à la Nature, au Tragique de l'existence (l'être humain étant un être voué à la mort), au lieu des grandes questions existentielles. L'état de poésie, ce qui fait qu'en nous va se lever le vent, et que par la vertu de cet appel on va tenter de dire, tenter de chanter, est donc très proche de l'expérience du sacré, et de la spiritualité à laquelle je suis maintes fois revenue au cours de cet exposé.
Mais - et ce sera ma conclusion - ne nous laissons pas entraîner par le fleuve des mots, qui risque de nous emporter à côté de l'essentiel, ce fleuve qui risque de déborder de son lit , c'est-à-dire du lit de l'expérience poétique du monde ; de la vérité de cette expérience ; de la justesse non seulement des mots qui veulent la révéler, mais de nos actes eux-mêmes ; de cet équilibre fragile que recherche celui qui s'adonne à cet Art qui est l'Art même de la vie, son Grand Œuvre, et qui est toujours au-delà, entre deux, à cet instant fugace où va se briser la vague au sommet de sa splendeur, entre le jaillissement de l'oiseau et l'extase de son vol, entre le cheval qui touche la mort et son rêve éveillé, entre le dernier regard et l'abîme, dans cette région de silence où, bien au-delà de la métaphore, chacun cherche à tâtons sa vérité, le sens de sa vie, la paix lumineuse, les yeux rivés à sa chair, à sa conscience, à chaque jour qui passe, tandis que sur l'horizon de feu, brille le vase de cristal que la brisure de notre vie n'atteindra pas.
Que mes auditeurs n'interprètent surtout pas mes propos comme une apologie, ou une célébration de mes propres textes : il ne s'agit que de l'expression de convictions intimes, de conceptions personnelles, d'un idéal vers lequel tendre, en même temps qu'un effort pour essayer de traduire ce que l'exercice de la poésie m'a permis d'appréhender.
Car la Poésie a empli ma vie, l'a illuminée et continue de le faire, comme un petit miracle : la poésie en tant qu'état intérieur, surtout, et donc en tant que travail sur moi-même, mais aussi la poésie comme travail d'écriture. Cette production, dont une partie est restée inédite, a jalonné mon parcours comme autant de balises m'aidant à tracer mon chemin, à me retrouver; ou comme autant de signes laissés de mon passage sur terre - traces légères sur le sable, symboles dessinés sur l'écorce des arbres voués aux siècles, souffle, murmure dans l'harmonie universelle, si peu de choses… mais une petite lueur quand même dans les ténèbres,un minuscule fanal vacillant dans la nuit, pour les autres, mes frères d'existence, à qui j'offre en partage ces chants, éclos tout au fond de mon Silence.

Pascale Moré, le 18 juin 2008


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Robert Nancey

 

CINQUIEME SAISON

N’y crois pas

Ce sont
En vagues de caresses sonores
Chants de sirènes

L’inflexion mélodique
Se creuse
Envoûtante à souhait

Une question
Irradie l’instant
Et d’écho en écho
Se répercute
Au gré des roches

Jetées à même le sol
Deux oreilles guettent
La horde du temps

 

Format 150 x 200 - 64 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-058-9

 

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Lydia Martin

 

Polymnia

Prix Orpheus 2008

Polymnia


Le ciel était glacial, et la lune transie,
Une étoile a soufflé un mystérieux accord,
Miroir de l'autre espace aux mille galaxies,
Puis une ombre nacrée est arrivée du nord.
Des racines l'enchaînent mais ses ailes l'emportent,
Elle rompt les barreaux d'une cage dorée
Et tombe en la mansarde telle une feuille morte,
Surface et profondeur d'un rêve inachevé.

La matière se transforme, se replie en spirales
Sous les yeux du poète qui a tout observé,
Un souffle très lointain, un soupir qui s'exhale,
Le rêve et le réel intimement mêlés.
Ces formes inconnues vivent dans la mouvance,
Il faut s'en emparer dans leur belle harmonie
Avant qu'elles ne se fondent en une autre substance :
Il lui ouvre son âme et l'attend, ébloui.

Format 150 x 200 - 82 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-059-7

 

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Madeleine Stratford

Des mots dans la neige

 

Prix Orpheus 2009


Vivre en hiver


J’ai les yeux clairs, la peau de givre
Je suis hiver et flocons ivres.
Soir de décembre, pieds dans la laine
couverts de cendres, je bouge à peine.
L’âme s’endort tranquillement,
attend l’aurore et les grands vents.
Leur souffle fort aux froids accents
du triste nord glace le temps.
Le feu est d’ambre, flamme sereine,
la fumée tendre à perdre haleine.
Entre deux ères, loin sur ma rive,
j’ai dû me taire pour enfin vivre.

 

Format 150 x 200 - 52 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-071-6

 

Si la poésie est un jeu de mots qui s'écrivent, qui se déclament et qui se chantent parfois en accord avec un rythme ou une scansion, le recueil de Madeleine Stratford Des mots dans la neige en donne une excellente illustration. À la suite d'un Jules Laforgue, grand poète injustement oublié, Madeleine Stratford réactualise les rythmes syncopés, l'humour à fleur de mots, l'évitement des rimes, la dérision du désespoir, les allitérations tragiques, dans une langue française plantée au Canada.
Comme il arrive parfois à certains, elle a, du premier coup, découvert la plénitude de son vocabulaire, c'est-à-dire un ensemble, qui lui est propre, de termes qui signent l'identité de leur auteur. Ce qu'elle nomme c'est d'abord toutes les parties de son corps : les yeux,

On a mangé mes yeux.
Je ne vois rien
mais je sais tout.
(Sur le grill)

J'ai les yeux clairs, la peau de givre
je suis hiver et flocons ivres
(Vivre en hiver)

la bouche,
Sa bouche sait baiser la page
d'un geste vif et passionné
embrase son premier papier…
(Ta plume)

les oreilles et les lèvres,

Les oreilles trempées et les lèvres humides,
je lèche les lettres rondes et sucrées,
m'attarde aux voyelles toujours plus juteuses
et m'abreuve du son jusqu'à l'ultime goutte.
(Pluie de mots)

le ventre,
J'ai un volcan au ventre
endormi sous la cendre
depuis des siècles morts
(Volcans)

la langue,
Ma langue flotte sur le liquide clair
(Pluie de mots)

Ta voix dans ma voix, ta langue dans ma bouche
(Envol)

la lèvre, les doigts,

J'ai la lèvre qui tremble et les doigts qui se crispent,
(Pleine-lune)

Je frôle des doigts le lichen sur la pierre.
(Dans la forêt)

les cheveux, les paupières, les dents, la main, les os ; mais aussi les éléments : le vent, la neige, le feu, le givre et la tempête qui emportent dans leur élan le Soleil, la Lune, la forêt, la neige, le lichen sur la pierre, les branches asséchées, les feuilles d'automne au parfums de thé vert (Octobre)

Jeune poétesse canadienne, Madeleine Stratford dépasse largement les limites de son âge et de son pays natal. Par le classicisme contemporain d'une langue française revivifiée elle se classe d'emblée au coeur de l'action poétique.

PANNE SECHE

Je m'écris sans m'écrier,
sans crier gare, sur papier.
En silence, mes mots s'embobinent,
l'air gauche, l'air de rien.
Panne de bleu : mon encrier s'éteint
et me fait taire avant l'âge.
Ma plume grisonne, elle qui devrait rougir
au baiser de la feuille vierge,
à son sourire d'automne,
mais elle résonne, creuse et crevée.

 

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Caroline Bertonèche

La vie en pose.
Paris-New York

La vie en pose

Arrête de boire
Tes idées noires
De te mettre la tête
Dans l’urinoir
De faire la fête
Ou prendre du retard
De chanter faux
Ou te balader
Sans idéaux.
Te teindre les cheveux
Penser au Beau
En te maquillant.
Cyniquement vrai
Ce mort vivant
Qui perd l’esprit
En déconnant !
Tu me donnes envie
Tu me donnes la gerbe
Un cerveau vide
Une vie en herbe.

Format 150 x 200 - 62 pages - 18,60 euros - ISBN 2-84719-075-9