Atelier de traduction Le traducteur - un ambassadeur culturel N° 13 et 14 - Eds. Muguraş Constantinescu et Elena-Brândusa Editura Universitisi dinn Suceava, 2010, 259 et 337 pages - ISSN 1584-4 1804
Les deux volumes de la revue Atelier de Traduction s'attaquent à un vaste sujet, celui de la médiation entre cultures grâce à l' « ambassadeur culturel » qu'est le traducteur. Le sujet mérite d'être revisité et enrichi car il demeure encore et toujours « au centre même de notre réflexion sur l'acte de traduire », que celui-ci soit envisagé d'un point de vue historique, politique, sociologique ou culturel. L'article de Jean Delisle sert de point de départ à ce grand champ d'investigation et nous mène, grâce à l'érudition de son auteur, à travers l'histoire des traducteurs, « véritables conquérants conquis », à une analyse récapitulative des différentes fonctions de la traduction : littéraire, stylistique, politique, culturelle, transformatrice. Fonctions dont un des objectifs premiers devrait rester la préservation du pluralisme culturel. Certains contributeurs, comme Constantion Tiron, soulignent que le statut du traducteur reste trop souvent, et encore aujourd'hui, celui d'un marginal, voire d'un paria. D'autres, comme Petronella Munteanu, s'attachent davantage à montrer l'impact du dialogue interculturel à travers les traductions d'œuvres importantes, celle de Victor Hugo en Roumanie par exemple. D'autres encore rappellent justement, comme Veronica Grecu, que « la traduction rend possible le contact entre deux mondes et deux cultures, mais également la rencontre de deux visions de l'univers », tandis que Dana-Mahaela Bereholschi revient sur la personnalité marquante de la traduction roumaine du XIXe siècle, Ion Heliade Radulescu, qui mit « en relation les lecteurs roumains avec les œuvres de la littérature universelle par l'intermédiaire des traductions, imitations, et localisations groupées dans une Bibliothèque universelle. » On l'aura compris, ces deux volumes, sans être exhaustifs, touchent à des sujets précis, souvent difficiles, à l'intérieur de la problématique abordée. Et si une bonne place est faite à la littérature française et roumaine, il n'en reste pas moins que les corpus réunis à l'occasion des divers articles ont de quoi nourrir les approches théoriques qui trouvent une sorte de finale dans le deuxième article de Jean Delisle consacré à l'ouvrage de Charles Le Blanc, Le complexe d'Hermès, avec ce renvoi aux dieux Hermès et Apollon, ambassadeurs culturels de la traduction : « Une théorie de la traduction sera donc une théorie de la lecture poétique d'un texte littéraire. C'est la littérarité du message qui fait d'Hermès le dieu des menteurs. Apollon sait que l'unité de sens du langage, ce n'est pas le mot, mais le langage lui-même et il en tire une grande liberté. En somme « le traducteur doit sacrifier à Apollon, non à Hermès ».
Florence Lautel Ribstein