Umberto Eco
Dire presque
la même chose. Expériences de traduction
Traduit
de l'italien par Myriem Bouzaher, Paris, éditions Grasset, 2006,
14 x 22, 460 pages, ISBN 978-2-246-65971-6, 25,25 euros
Traduire, est-ce
vraiment dire la même chose dans une autre langue ? Qui décidera
de ce qu'est vraiment la chose et de ce que dire signifie ? Nombre de traités
philosophiques ont examiné cette question épineuse, concluant
souvent à l'intraduisibilité intrinsèque de tout texte.
Mais U. Eco veut, cette fois, voler plus bas et tenter de comprendre comment
on peut, contre vents et marées, dire presque la même chose. Et
c'est l'idée du presque qui est ici cruciale. Etablir l'élasticité,
la tolérance de ce presque dépendra des critères que l'on
aura fixé à ce qui s'avère un acte de négociation.
U. Eco aborde le problème du traduire de plein droit et à plusieurs
titres : comme traducteur, comme auteur traduit et comme éditeur. Son
livre, basé sur de nombreuses expériences concrètes, reprend
les textes écrits pour divers séminaires inscrits dans le cadre
du Doctorat de Recherche en Sémiotique de l'Université de Bologne
où le cas de la traduction intersémiotique a été
tout particulièrement mis en lumière par l'auteur ; les Goggio
Lectures de Toronto et les Weidenfeld Lectures d'Oxford y sont également
reprises sur le ton de la conversation plutôt que celui de l'exposé
scientifique au sens strict. L'intérêt très net pour la
richesse des exemples, comparable à celui de G. Steiner dans Après
Babel, est un trait marquant de cette étude, Eco se méfiant
du point de vue théorique pur de l'érudit qui n'aurait toutefois
aucune expérience directe du traduire.
Partant d'expériences personnelles et issu de deux séries d'entretiens,
le livre ne se présente donc pas comme une théorie de la traduction,
mais plutôt comme une glose de l'adage de Cicéron verbum e verbo
sed sensum exprimere de sensu, placée sous l'égide de la négociation,
ce processus au cours duquel, pour obtenir quelque chose, on renonce à
quelque chose de sorte que les deux parties en ressortent satisfaites. Le bon
sens éditorial, même s'il se fonde sur des considérations
commerciales, n'est pas dénigré.
La traduction, selon un principe désormais évident en traductologie,
ne se produit plus entre systèmes clairement incommensurables, mais bien
entre textes d'abord pensés en langue naturelle. Qui dit langue naturelle,
dit aussitôt vision du monde spécifique, comme l'explique la sémiotique
de Hjelmslev. Si celles-ci sont incommensurables, elles ne sont pas pout autant
incomparables. Les termes linguistiques étant comparables, une fois les
ambiguïtés résolues à l'aide du contexte, c'est en
se référant au monde dont parle le texte donné que le traducteur
négocie son équivalent. Il ouvre ainsi la dimension du passage
d'un monde à un autre, se démarque définitivement du leurre
du mot à mot et se situe dans un processus à la fois plus complexe
et plus adéquat dans lequel il met au jour des isotopies ou niveaux de
sens homogènes. U. Eco, dans sa négociation des pertes et des
compensations afin d'aboutir au presque même, apporte force exemples de
respect, fussent-ils non littéraux, de l'intention du texte, de son effet.
Enfin, si l'ouvrage ne s'adresse pas exclusivement à un public scientifique,
beaucoup y retrouveront volontiers l'U. Eco qu'ils apprécient et qui
propose, par exemple, de ne plus parler de texte-source et de texte-cible, mais
plutôt de texte-delta et de texte-embouchure, terminologie qui, si elle
semble fantaisiste, a le mérite d'ouvrir à une nouvelle intertextualité
comme à un nouveau territoire de la pensée du monde à monde
où se voit soupesée la substance des mots, la seule à laquelle
il s'agit d'être loyal plus que fidèle.
Nadia D'Amelio
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Henri Meschonnic
Ethique
et politique du traduire
Editions Verdier, 2007, 14 x 22, 185 pages, ISBN 978-2-86432-516-1,15
euros.
Après Poétique
du traduire, Henri Meschonnic nous livre une réflexion approfondie
sur l'éthique et le politique du traduire qui dépasse les spécificités
traditionnelles des sciences du langage et de l'herméneutique. Une éthique
du traduire située dans une éthique et une théorie généralisée
du langage est restée implicite à ce jour et n'a été
tentée que sous la forme d'une moralisation déontologique, celle
de la fidélité et de l'effacement ou de la transparence de la
traduction. Devant l'urgence de mettre en déroute les idées reçues
et profondément ancrées dans l'académisme scolaire, l'éthique
est définie non comme une responsabilité sociale, mais comme la
recherche d'un sujet qui s'efforce, par son activité, de se constituer
comme sujet. Etant un être de langage en soi, ce sujet est nécessairement
à la fois éthique et poétique. Dans la mesure où
cette éthique concerne tous les êtres de langage ou citoyens de
ce monde, elle est aussi politique.
Penser l'éthique de la traduction nécessite la dissociation d'idées
installées, voire arrêtées. Comme, par exemple, celle que
traduire signifie traduire de la langue avec les seules armes de la langue ;
ou encore celle que la pensée de la langue ou du signe est celle du binaire,
donc du discontinu. Or, il s'agit de penser le continu corps-langage, affect-concept,
l'interaction des quatre composantes langage-poème-éthique-politique,
interaction étant compris au sens de Wechselwirkung, pour citer Humbold
auquel Meschonnic fait de nombreuses références.
La traduction est présentée comme l'enjeu d'une véritable
révolution culturelle : son rôle, sans plus de commune mesure avec
celui de passeur de messages, est bien celui de la représentation du
langage et de la société telle qu'elle est représentée
et révélée par celle-ci. La traduction est, en outre, dans
tous ses états, le terrain d'expérimentation des théories
du langage. L'équivalence recherchée est posée de texte
à texte et s'efforce de révéler l'altérité
linguistique, culturelle, mais aussi historique comme une spécificité
et une historicité. Traduire n'est donc plus considéré
comme une activité ancillaire, mais joue un rôle majeur et unique
dans la théorie d'ensemble du langage, celui d'une poétique expérimentale
qui voit dans le signe et le rythme non une alternance, mais un continu, un
même souffle. S'agissant du sens du langage, Meschonnic souligne la critique
saussurienne des dichotomies traditionnelles du signe et contribue ainsi à
mettre en perspective une vision fédératrice de celui-ci. Traduire
ne sera plus désécrire qu'à la condition qu'on traduise
le signe dans son ensemble : il sera alors écrire, traduire non plus
le sens, mais la force d'un discours.
Dans son combat contre les binarismes, l'auteur nous livre une appréciation
critique de textes tels que ceux de P. Ricoeur, A. Pym, G. Steiner, W . Benjamin
et Derrida, entre autres. Renvoyant dos à dos sourciers et ciblistes,
et après avoir identifié le rapport problématique de l'Europe
et du signe, Meschonnic avance qu'il s'agit, sur l'exemple de sa propre traduction
du rythme, du récitatif de la Bible, non pas de traduire ce que disent
des mots, mais bien ce que fait un discours.
Nadia D'Amelio
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Catherine Perret
Walter
Benjamin sans destin
Bruxelles, éditions de la Lettre volée, 2007, 267
pages, 20 euros, 15 x 21, ISBN 978- 2- 87317-312-8,
Dans l'exercice
de lecture que nous livre C. Perret, Benjamin, sans destin parce qu'en perpétuel
exil linguistique, s'interroge sur le langage. L'organe de tout savoir, qu'il
fût mimétique ou non, de toute science qui recherche la vérité,
est le langage médium qui, selon Benjamin, est à la fois le milieu,
le médiateur et l'intermédiaire de toute communication, ou encore
la condition, l'espace et l'instrument de l'expérience, simultanément.
Savoir et langage sont les deux facettes d'une même réalité.
La nomination des choses, véritable onomaturgie, délie les formes,
engendre l'expérience sensible et c'est d'elle que procède la
vision finale. Le jaillissement de cette grappe sonore ou Glockentraube - nomination
créatrice qui est en soi révélation - se double de l'expérience
benjaminienne de la traduction, ce qui retient toute notre attention.
Dans son évocation de La Tâche du traducteur et de l'essai Sur
le langage en général et le langage humain en particulier, C.
Perret s'arrête à l'intérêt de Benjamin pour le nom
perçu comme nom propre, qui signe l'effet d'appropriation du monde et,
en même temps, d'aliénation au monde, l'un n'allant pas sans l'autre.
Lorsqu'il se demande si l'homme communique son essence spirituelle par les noms
qu'il donne aux choses ou dans ces noms, et conclut que le paradoxe de la question
contient la réponse, il récuse la certitude de notre droit à
la vérité : les essais opèrent, en effet, un vrai travail
de sape qui récuse systématiquement la légitimité
de notre usage philologique du langage. Si la langue ou le sémiotique
a une fonction instrumentale, le langage, lui, a une dimension poétique
à l'intérieur de laquelle les langues, avant de parler et pour
parler, doivent crypter et décrypter les signes, doivent être aussi
médium et voir. Benjamin insiste sur la qualité visionnaire du
médium précisément parce que ce pan de la langue se voit
habituellement occulté.
Or, le langage comme communicabilité effective et réalité
ultime, souligne la dimension cardinale que partagent l'homme et le monde :
la forme. Dimension esthétique qui veut que ce qui vit d'abord apparaît.
Dès lors, cette théorie de la révélation conduit
à une théorie de la traduction. Au même titre que la nature
ne cesse d'inventer des formes nouvelles, parce que la vie ne peut s'inventer
que par anticipation, il ne faut pas cesser de traduire pour que ne se pétrifie
jamais le sens. L'uvre originale est ainsi en perpétuelle construction.
S'il exprime un désir mallarméen de pur langage, Benjamin tire,
en fait, une jouissance de l'épaisseur du langage humain, de l'opacité
dans laquelle l'existence humaine se trouve captive. La traduction uvre
à mettre au jour la postmaturation de la parole étrangère,
les douleurs obstétricales de sa propre parole. Benjamin s'attache à
la question non du comment traduire mais à celle du que traduire : quelles
uvres valent d'être traduites parce qu'en elles, la langue s'est
exilée. Il pose le rapport qui unit le visé au mode de visée
et, contrairement aux romantiques, le définit comme historique, non irrationnel.
C. Perret voit dans La Tâche du traducteur un décor en trompe-l'il
où s'élabore le projet d'une vision historique de la langue, remontant
jusqu'à une énonciation magique que la rationalité aurait
recouverte pour servir la dimension instrumentale de la langue.
Cette approche du langage à laquelle succèdent celles de l'Erfahrung,
de la mémoire, de l'uvre d'art et de la citation, montre combien
Benjamin s'est affranchi de la philosophie occidentale de son temps, et aussi
de la linguistique, pour parfois mieux y revenir, comme au romantisme. Pour
C. Perret, la lecture des textes auquels elle arrache un sens contemporain,
est une façon d'éclairer la question de l'esthétique de
la copie à la base de notre société politique. C'est toute
la question du signe, de l'image, du produit, de l'uvre d'art, à
l'époque d'une reproductibilité technologique sans précédent
et d'une information mondialisée qui est posée. C. Perret écrivit
cet essai au moment de la chute du mur, à une époque où
il semblait urgent de critiquer les thèses postromantiques et leur idéalisation
de l'art. Elle revient à ce texte, le revoit, le corrige, écrit
une préface qui, à la lumière de Benjamin, analyse la force
de l'oeuvre d'art à l'heure de l'iphone et de la toile planétaire
d'informations.
Nadia D'Amelio
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Translating
Lives.
Living with Two Languages and Cultures
Ed. Mary Besemeres and Anna Wierzbicka
University of Queenland Press (UQP), Australia, 2007, 181 pages, 23 X
15, ISBN 978 0 70 223603 7
Bien que
l'Australie soit un pays riche de langues diverses et d'une expérience
bilingue, cette richesse n'a pas été prise en compte et partagée
assez largement jusqu'à ce jour : c'est bien plus une perspective monolingue
sur le monde qui domine le discours et le mode de pensée de la plupart
des Anglo-Australiens. Un perspective monolingue est aussi, de facto, monoculturelle.
Et bien que l'Australie se vante de sa multiculturalité, on y trouve,
en fait, très peu de conscience de ce que veut dire vivre entre deux
ou plusieurs cultures. La clé d'une compréhension inter-culturelle
est la langue, qui permet de résoudre le problème de la communication
entre cultures et, partant, d'apaiser les conflits sociaux.
Translating Lives s'articule autour de récits autobiographiques profondément
émouvants qui retracent l'expérience de douze personnes vivant
en Australie et parlant plus d'une langue, plus que la lingua franca qu'est
l'anglais et qui a pris des airs d'absolutisme. Autant de révélations
successives de langues indigènes dont beaucoup sont désormais
tragiquement mortes (Kim Scott) et de langues issues des dernières vagues
d'immigration depuis tous les continents du monde (Eva Sallis e.a.). En rachetant
toutes ces langues grâce aux hybrides que sont les bilingues, l'Australie
pourra se réinventer et prolonger dans la réalité ses rêves
de multiculturalité.
Les auteurs de ce volume sont tous des hybrides au sens que donne à ce
terme Krygier, hybride fils de parents hybrides arrivés an Australie
comme réfugiés Juifs-Polonais fuyant le Nazisme. Le récit
de leur hybridité spécifique se concentre sur l'hybridité
linguistique parce que c'est celle-ci qui détermine leur vision du monde
tout comme l'interaction avec d'autres individus sculpte les facettes de notre
personnalité. Mais ils ne sont pas les héritiers passifs de divers
arrière-plans linguistiques et culturels : ils sont, avant toute chose,
des auto-traducteurs. Ces narrations nous décrivent de vies en/de traduction,
comme le dit l'auteur bilingue Eva Hoffamn, des mondes qui se traduisent pour
se rendre accessibles à d'autres mondes et compréhensibles pour
eux. Elles montrent, au passage, les affres de l'auto-traduction à côté
de ses bienfaits.
La place qu'occupe l'hybride, quand la langue aborigène Noongar, par
exemple, est plus habile à parler de l'outback australien que l'Anglais,
ou quand l'ethnocentrisme anglo-saxon échoue à rendre compte de
tous les aspects d'une réalité fondamentalement diverse, est celle
de l'homme à sa fenêtre ouverte, à la fois dedans et ouvert
au dehors, à la perspective que lui donne son point d'ancrage aux frontières
de deux perceptions du monde. Ouverture gage de richesse, certes, mais aussi
de subtile disposition à vivre, sans barrières et simultanément,
dans deux univers qui coexistent et se côtoyent en eux.
Nadia D'Amelio
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Giuseppe Mininni
La
Psycholinguistique à l'uvre dans la traduction
Texte traduit et présenté par Claudia
Cortesi
Cahiers du R.A.P.T., " La Bibliothèque ", l'Harmattan Italia,
Torino, 2007, 77 pages, ISBN (France) 978-2-296-03867-7
L'article de
Giuseppe Mininni, rédigé en italien en 1980 et traduit par Claudia
Cortesi en 2007, met en évidence les points communs et les implications
réciproques qui lient les intérêts d'une science psycholinguistique
et ceux de la théorie de la traduction appelée, peut-être
improprement, " traductologie ". Alors que les approches linguistiques
traditionnelles se concentrent sur la " traductibilité " d'un
texte, sur la " fidélité " du texte traduit, sur les
difficultés d'aborder les " langages sectoriels ", sur les
risques d'ambiguïtés de la traduction simultanée, e.a., force
est de constater que, malgré cette inquisition suspicieuse, l'on traduit.
Côté paradoxal du traduire pour lequel Mininni tente d'élaborer
une approche flexible capable de s'adapter à la réalité
de cette activité traductionnelle dans son ambivalence intrinsèque.
Mininni est armé, pour ce faire, non seulement de son expérience
de théoricien de la traduction et de psycholinguiste mais aussi de sa
pratique de traducteur du français, de l'allemand et de l'anglais, langues
très différentes dans leur complexité respective. Traducteur
de textes ayant pour thématique le langage (Roland Barthes et Julia Kristeva),
la psycholinguistique (Jean Aitchison), la philosophie du langage (Adam Schaff),
la critique du marxisme (Paul Mattick) notamment.
L'étude de Mininni, traduite plus tôt en anglais, se devait d'être
connue en français. Aujourd'hui, les temps sont mûrs pour mettre
à l'avant l'aspect interdisciplinaire que la psycholinguistique peut
proposer à l'étude de la traduction. Le courant cognitiviste ne
s'était pas encore imposé à l'époque de la rédaction
en italien. Certes, l'importance d'une réflexion qui aille au-delà
de la recherche du sens stricto sensu avait été reconnue plus
tôt par le courant cognitiviste. L'importance d'identifier les processus
sous-jacents lors de la production comme de la compréhension du texte,
ignorée par le behaviorisme, se révélait déjà
incontournable. Pourtant, les recherches de Mininni en psychosémiotique
de la traduction sont d'une extrême actualité.
En effet, après une série de publications théoriques sur
la traduction qui, selon C. Cortesi, ne sont pas à même de dresser
un cadre épistémologique décrivant les stades de l'opération
traduisante et le parcours endo-psychique qu'elle emprunte, la science semble
manifester, aujourd'hui, un nouvel intérêt pour la psycholinguistique.
La divulgation du texte de Mininni est un témoignage nécessaire
à cette évolution, nous dit Cortesi, parce qu'il systématise
la problématique du traduire sous un jour nouveau. Approche à
la fois pragmatique, linguistique, sémiotique et psychologique à
laquelle s'allie la connaissance encyclopédique. La réflexion
de l'auteur est émaillée d'exemples qui, dans la répartition
qu'il propose, englobent tous les interlocuteurs concernés et soulèvent
les questions pertinentes quant aux rapports entre texte lu et texte écrit
ou messages perçus et ré-élaborés ; il démontre
ainsi la complexité des nombreux facteurs qui interagissent dans notre
pensée et que la science cognitive et même la neuro-imagerie nous
révèlent. Les signes divers du contexte culturel qui nous incitent
à traduire ou, au contraire, entravent l'initiative de traduction, entrent
aussi en jeu dans cette uvre qui est celle de l'hospitalité envers
l'autre.
Avec Mininni qui s'appuie sur une large base théorique ( par exemple
Chomsky, mais aussi Tatiana Slama-Cazacu) tout en plongeant dans la réalité,
nous pouvons conclure en disant que la traduction peut représenter l'image
classique d'un peigne fin démêlant tous les nuds de l'écheveau
du langage. De là, la responsabilité qui pèse sur tous
les acteurs du traduire et de sa théorisation. De là, aussi, la
nécessité de dépasser, grâce à un modèle
psycholinguistique, les frontières du cognitivisme pour embrasser une
perspective pragmatique. De là, enfin, le besoin de reconnaître
les traces du traducteur, son acte qui, par essence, ne se limite pas à
un schéma de simple substitution sémiotique, mais s'inscrit dans
l'interprétance.
Nadia D'Amelio
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Freddie Plassard
Lire pour traduire
Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris, 2007, 324 pages, 16 X 24 - ISBN 978-2-87854-381-
Souvent, l'incapacité à traduire naît d'un
échec de lecture, d'une " mélecture " qui peut même
aller jusqu'à frôler le " contresens de lecture ". La
place accordée à l'étude des lectures déviantes
ou erronées par la psychologie, la psychanalyse et, plus récemment,
par les sciences cognitives, démontre à quel point l'activité
de lecture tenue pour une compétence acquise dès l'enfance, un
savoir élémentaire, est loin de se laisser systématiser
aussi simplement et n'est pas à l'abri de dévoiements d'origines
diverses. La lecture ne se résumant pas à la mise en pratique
infaillible de mécanismes producteurs de sens, elle apparaît comme
le véritable nud gordien de la traduction, son pivot, l'opération
qui non seulement précède la traduction-écriture, mais
qui l'accompagne et la prolonge jusqu'à son accomplissement définitif.
C'est à C. et J. Demanuelli que F. Plassard emprunte le titre de son
étude, Lire pour traduire, où lire signifie déchiffrer
le texte, en cerner la spécificité à l'aide de ses éléments
constitutifs afin de le restituer dans un autre idiome. Lire, en somme, vise
à retenir du " textrait " envisagé tous les traits pertinents
à la traduction : ces différentes couches linguistiques, intratextuelles
et métatextuelles. Lire, c'est saisir le texte dans sa forme, "
cet élément du texte consubstantiel au message et capital dans
la recherche des équivalences lors de la restitution ", pour citer
Demanuelli.
Un tour d'horizon allant de W. Benjamin à D. Gouadec, M. Lederer, D.
Seleskovitch, J. Delisle et H. P. Krings montre que tous décrivent comment
la lecture scande le processus de traduction tant en amont où l'on fouille
les racines du texte, que pendant le traduire où sont soupesées
les diverses lectures parallèles, qu'en aval, enfin, où la lecture
permet d'affiner l'écriture, de l'optimaliser, la traduction même
s'assimilant à une lecture.
F. Plassard s'appuie sur le modèle interprétatif de l'acte du
traduire qui fait de cet acte une lecture " sur " - et non à
partir de - l'original qu'elle vise non à remplacer mais à actualiser
pour un nouveau lectorat. La traduction est alors une " conversion ",
une modalité particulière de l'original dans un autre langage.
La deuxième idée clé est que traduire, c'est lire un texte
préexistant avec la finalité spécifique de le réécrire,
" lire pour écrire ", comme le dit H. Meschonnic. Éternel
va et vient entre lecture et écriture dont il importe d'isoler les étapes
décisives parmi lesquelles le stade de l'identification du sens, celui
des connaissances, aptitudes et opérations mobilisées. Si R. Barthes
fournit une théorie de la lecture précieuse, les sciences cognitives,
la psychologie cognitive en particulier, apportent un éclairage crucial
qui permet, sur un plan pragamtique, de rejoindre le modèle interprétatif
de Seleskovitch et de Lederer.
L'étude adopte une approche tranversale des différentes théories
apparemment éloignées les unes des autres, et dégage les
éléments pertinents d'une description scientifique et d'une explication
épistémologique de la traduction écrite. C'est, en effet,
l'écrit qui est envisagé parce qu'il lègue un objet "
observable ", un produit dont on tente de reconstituer l'élaboration
à rebours. L'observation empirique se révèle indispensable
pour étayer la réflexion tout comme la reconstitution d'une démarche
mentale par la comparaison des étas successifs d'un même texte.
Ce dernier pan de la méthode est celui de la génétique
textuelle et, bien qu'elle s'attache plus à l'écriture qu'à
la lecture, elle est révélatrice du processus mental qui accompagne
les phases de gestation de la traduction.
L'auteur prend appui sur sa double compétence de traducteur professionnel
et de pédagogue ; elle a choisi de sa cantonner aux textes pragmatiques
rencontrés dans sa vie professionnelle, ces textes qui sont à
entendre comme instruments de communication, dont la lecture reste essentiellement
utilitaire et qui présentent les écueils de lecture les plus significatifs.
Textes normatifs ou procéduraux, ou encore issus d'un contexte pédagogique
rassemblés afin d'apporter un éclairage diversifié sur
la pratique de la lecture. Étude interdisciplinaire à la charnière
d'une traductologie descriptive et d'une traductologie appliquée comprise
comme critique de la traduction.
Nadia D'Amelio
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Voices in Translation.
Bridging Cultural Divides.
Série Translating Europe, éds. Gunilla Anderman
et Margaret Rogers, University of Surrey, Multilingual
Matters, Clevedon, 160 pages, 15,5x23,5,
ISBN-13 : 978-1-85359-983-5
Le traducteur de fiction européenne, tout particulièrement
de théâtre, est confronté à deux problèmes
fondamentaux : comment faire résonner les voix qui s'expriment au-delà
des frontières culturelles et comment communiquer le milieu social, culturel
et politique où les locuteurs s'inscrivent.
La première contribution à ce volume, Voices in Translation,
est celle où Gunilla Anderman souligne précisément l'importance
de trouver pour les locuteurs et auteurs d'autres nations et d'autres cultures
une voix authentique en traduction. La conscience de l'importance de ce transfert
est née lentement. Il faut, à ce sujet, rendre hommage à
l'uvre de Bill Findlay qui a entrepris de traduire la littérature
en dialecte écossais. Une attention particulière va aussi à
la traduction en dialecte d'Enfantillages, de R. Cousse, par G. Hauptmann. On
doit également à Findlay et M. Bowman la traduction des pièces
du dramaturge québécois M. Tremblay qui a fait de lui le dramaturge
le plus joué en Ecosse depuis seize ans.
La contribution de J. Corbett, Speaking the World : Drama in Scots Translation,
rappelle le lien établi entre l'argot écossais urbain non-standard
et les conditions d'oppression sociale, et cherche à rétablir
un équilibre en explorant les usages de l'écossais dans les pièces
anglaises traduites au cours de la seconde moitié du XXè siècle.
Dans The Style of Translation : Dialogue with the Author, article de
J. Farrell, l'Italie et l'Ecosse sont mises en exergue. L'idée centrale
est la suivante : " The words may belong to language but the voice belongs
to the artist. ". Farrell étudie le style de l'auteur sicilien V.
Consolo et le problème de la traduction du dialogue pour y cerner l'impact
créé par le style spécifique de l'auteur. Farrell s'inscrit
contre la domestication ou l'ethnocentrisme de l'acte de traduction et maintient
catégoriquement que le rôle du traducteur n'est pas second, n'est
pas celui d'un organe à la périphérie du texte. Dans la
même veine, H. Rappaport discute de l'émergence de nouvelles versions
ou adaptations de pièces européennes par des auteurs britanniques
contemporains, notamment les quatre pièces maîtresses d'A. Tchekov.
Dans son examen des points forts et des points faibles de celles-ci, elle pose
la question cruciale de savoir qui laisse sa signature à l'uvre
traduite, le traducteur ou l'auteur étranger. D. Johnston, dans The
Cultural Engagements of Stage Translation : F. G. Lorca in Performance,
souligne par ailleurs que le traducteur ne doit pas, sous le poids de l'importance
des références encyclopédiques de Lorca, laisser la traduction
s'assimiler à un exercice linguistique car le but du théâtre
de Lorca est de recontextualiser l'expérience humaine et la traduction
de référents spécifiques à la culture est toujours
gouvernée par des considérations rhétoriques et stylistiques
autant que par le contexte externe.
Les aspects du symbolisme, par exemple dans Easter de Strindberg, doivent, selon
Anderman, être laissés intacts en traduction même si ce qu'ils
représentent restera " intraduisible ". D'autres aspects de
l'uvre du dramaturge suédois peuvent aussi dresser des obstacles,
mais ces problèmes ne se transformeront en défis que si le traducteur
" créateur " de nouvelles versions ne cherche pas à
créer des nouveaux réseaux sous-jacents d'équivalences.
Comme le souligne J. Costa, devant l'intraduisible, le traducteur peut être
à l'origine de pertes irrémédiables mais aussi de gains.
J. Costa cite, entre autres, les mots qui se réfèrent aux phénomènes
du monde physique et à d'autres obstacles linguistiques comme les jeux
de mots, les idiomes et les proverbes aux côtés de références
historiques, géographiques et culturelles. Exemple parlant ; celui de
la traduction d'Alice de Lewis Carroll en danois, où Alice devient "
Alice au Danemark ". et où la traduction des allusions à
la nourriture, par exemple, a été entièrement adaptée.
Les traductions citées dans ce recueil démontrent qu'il est difficile
d'être à la hauteur de l'original en partie parce que le traducteur
refuse de relever le défi de l'adaptation culturelle de la voix étrangère
et atypique. Pour être réussies pleinement, lit-on entre les lignes,
les traductions doivent se départir du texte source et substituer aux
mots de celui-ci une version adéquate et authentique. Alice pourrait
alors changer de nom
Enfin, P. Kuhiwizak met en avant un autre facteur qui pèse sur la traduction
de voix spécifiques : la vie économique et politique d'une nation,
son destin historique. Dans From Dissidents to Best Sellers : Polish Litérature
in English Translation. After the End of the Cold War, il discute du rôle
de la politique avant la révolution de velours, époque où
l'état sélectionnait la littérature à traduire.
Pour ces auteurs, il a fallu troubles et revirements politiques pour que la
traduction puisse enfin commencer à faire entendre ces voix.
Nadia D'Amelio
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Traduction er enjeux identitaires dans le
contexte des Amériques
Sous la direction de Louis Jolicoeur, Presses de
l'université Laval, Canada, 2007, 190 pages, 15 x 23, ISBN 978-2-7637-8547-9
Cette publication est issue du séminaire annuel de la
CEFAN (Culture française d'Amérique) et du colloque qui l'a conclu
et qui a servi d'inauguration à l'Observatoire de la traduction littéraire
de l'Université Laval. Les textes retenus explorent de manière
spécifique les enjeux suivants : qu'est-ce que l'américanité,
la franco-américanité, qu'en est-il du concept d'éthique
en traduction, quels liens unissent les littératures des pays de la périphérie
des États-Unis et des langues de la périphérie, quelles
convergences la traduction se doit-elle de promouvoir dans ce tableau culturel
diversifié, que dire de l'ethnocentrisme en traduction hier et aujourd'hui.
Trois projets de large envergure sont étudiés par L. Jolicoeur
parce qu'ils donnent à la traduction dans le contexte des Amériques
une place importante et parce qu'ils sont les vecteurs d'une dynamique commune
aux Amériques, celle de l'imaginaire en littérature. Il s'agit,
en premier lieu, du Centre de traduction littéraire de Banff, créé
en 2002, qui invite chaque année, à la suite d'un concours, des
traducteurs canadiens et étrangers à venir travailler à
un projet de traduction touchant les Amériques, entreprise des plus louables
en dépit de certains effets pervers qui découlent de la difficulté
à cerner les critères de l'américanité. La Foire
du livre de Guadalajara (2003) a, elle, été porteuse de nombreux
projets dont la parution d'anthologies bilingues. Enfin, l'Observatoire s'inscrit
dans la mouvance créée par l'essor que la traductologie connaît
depuis quelques années. Originellement conçue comme une activité
pratique, la traduction s'est ensuite taillé une place dans le domaine
de la recherche. On ne peut ignorer toutes les initiatives scientifiques et
critiques qui apportent une contribution substantielle à l'acte de traduire
et l'Observatoire montre précisément l'incidence de ces études
des divers aspects de la traduction, des approches économiques aux considérations
linguistiques en passant par l'éthique, le bilinguisme ou les politiques
de diffusion, sur la pratique qu'elles viennent compléter et alimenter.
Geneviève Parent traite de la situation de la traduction littéraire
aux États-Unis et la compare à la situation canadienne au moyen
de chiffres étonnants qui apportent un éclairage précieux
sur les liens qui unissent une culture nationale et la traduction de sa littérature.
Sur le même modèle, Silvia Pratt analyse anec finesse la traduction
d'auteurs québécois au Mexique où celle-ci est parçue
comme un agent de rapprochement entre les peuples. Katry Suhonen présente
la place de la littérature québécoise en Finlande où
la traduction est ressentie comme un agent de divulgation de la culture plutôt
que de la francophonie, dans les pays où la nordicité est souce
de convergence. En se basant sur les traductions entre le vernaculaire québécois
et l'écossais, Maxime Carpentier dévoile les coïncidences
parfois inattendues entre cultures et idéologies de périphéries
linguistiques. Les problèmes de traduction de l'écrivaine québécoise
Nicole Brossart en Espagne illustrent les écueils en matière de
connaissance et de transfert de la culture québécoise. L'état
de la langue est également envisagé dans la contribution de Judith
Rémillard et Maya Lorimier où les approches linguistiques de type
normatif et de type descriptif sont confrontées parce que la question
est au cur d'un intense débat tant au Québec que dans l'ensemble
de la francophonie nord-américaine et parce que la langue se trouve au
centre de la question de l'imaginaire des francophonies. Enfin, le bilinguisme
tel qu'il est vécu par Daniel Gagnon et Agnès Whitfield vient
rappeler, dans le cadre du bilinguisme canadien, la complexite problématique
mais aussi stimulante à tous égards de cette hybridité
linguistique et culturelle source de créativité
Nadia D'Amelio
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Translation and Identity in
the Americas. New Directions in Translation Theory.
Edwin Gentzler, Routledge,
London and New York, 2008, 214 pages, 23 x15,5, ISBN 10 : 0-415-77451-9
Edwin Gentzler, éminent traductologue américain,
propose, dans ce livre d'une importance capitale, de traiter de la question
suivante : quel rôle la traduction joue-t-elle dans la formation des Amériques,
quels procédés à l'uvre aujourd'hui évoquent
dans la conscience publique l'histoire du multilinguisme pan-américain.
Gentzler avance l'idée que la traduction, comprise comme forme rhétorique
sous-tendue par le désir d'accéder à une essence originale,
évolue de plus en plus en une pratique discursive qui révèle
de multiples signes d'une polyvalence dont les cultures sont faites. Ce changement
d'attitude trouve son origine dans une réévaluation de l'histoire
de l'oblitération linguistique et des conflits caractéristiques
des Amériques. Repenser leur passé veut dire aussi changer les
modèles d'utilisation des langues et avant tout, réexaminer le
mythe du " melting pot " à la lumière des histoires
linguistiques plurielles.
L'ouvrage de Gentzler se divise en l'examen de zones géographiques diverses
: les États-Unis, le Canada, la Brésil, l'Amérique latine
et sans doute plus sujet à controverse, la Caraïbe qu'il nomme zone
de " border writing ", l'écriture de la limite ou de la frontière.
Gentzler se penche sur une forme de traduction spécifique dans chaque
chapitre et tisse ainsi une toile fascinante qui pourra nourrir la recheche
en traductologie. L'auteur souligne qu'il conçoit son livre comme une
suite d'un ouvrage précédent, Contemporary Translation Theories
(2è éd. 2002), qui était une présentation exhaustive
des courants émergents de cette " interdiscipline " en progression
rapide qu'est la traductologie. Son idée maîtresse est que, dans
le contexte des Amériques, la déconstruction et les théories
postcoloniales représentent des outils majeurs qui ouvrent à une
discussion de l'histoire des politiuqes de langues nationales, mais aussi à
celle des concepts naissants d'identité qui sont, cela va de soi, intimement
liés à la langue. Selon lui, il est fondamental que cette étude
de la traduction dans les Amériques comprenne trois dimensions : géographique,
socio-politique et psychologique.
La clé de cet ouvrage réside sans doute dans ces mots de Gentzler
: " (la traduction dans les Amériques) est moins quelque chose qui
se passe entre des cultures séparées et distinctes que quelque
chose qui est constitutif de ces cultures ". Dès lors, la traduction
n'est pas un trope dans les Amériques, mais une condition permanente
qui a, pourtant, été négligée en tant que telle
par les spécialistes anglophones et hispanophones. Ce n'est qu'au Canada
et au Brésil que l'on trouve une condition florissante pour les matières
touchant à la traduction, avec des associations professionnelles, des
congrès et d'éminentes publications.
Pour conclure son étude traductologique du multiculturalisme aux États-Unis,
du féminisme et du théâtre au Canada (Québec), du
cannibalisme traductif au Brésil, de l'empreinte fictionnelle en Amérique
latine et du " border writing " dans la Caraïbe, Gentzler réaffirme
l'opinion seon laquelle l'histoire de la traduction dans ce contexte précis
est celle de la formation de l'identité, profondément enracinée
dans la psyché de millions d'habitants. A côté du facteur
socio-culturel, il insiste sur l'importance des implications psychologiques.
Après avoir reconnu, d'emblée, l'importance du critère
culturel dans les études traductologiques des années 1990, il
termine en suggérant que le mouvement suivant sera de nature socio-psychologique.
Cette approche nouvelle pourrait permettre de mieux cerner l'importance de la
traduction pour des individus appartenant à des sociétés
multilingues, et aussi ouvrir à de plus larges horizons dans d'autres
parties du monde. Il cite le commentaire piquant d'Emily Apter : " la guerre
est la conséquence de mé-traductions et de désaccords extrêmes
qui empruntent d'autres voies ", et souligne la nécessité
de mieux comprendre les tenants et aboutissants du transfert de langues dans
le contexte politique mondial du XXIè siècle. La traduction n'est
pas une activité seconde et marginale, mais bien une activité
pro-active potentiellement libératrice et innovante. Des exemples étudiés,
il reste à tirer les leçons qui éclairent les traumatismes
culturels du passé afin de se tourner vers de nouvelles possibilités
en cette époque de troubles et de mondialisation.
Nadia D'Amelio
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Gender and Ideology Translation : Do women and men translate differently ?, A contrastive analysis from Italian into English. Vanessa
Vanessa Leonardi, European University Studies in English Linguistics, Peter Lang, 323 p., ISBN 978-3-03911-152-7, 2007.
The aim of this book is to analyse and evaluate the problems
that may arise from ideology-driven shifts in the translation process as a result
of gender differences. The issue of ideology is linked to that of language and
power and this link legitimates a linguistic analysis. Recent research in the
field of sociolinguistics and related fields has shown that women and men speak
differently. The hypothesis in this book is that if they speak differently,
then they are also likely to translate differently and possibly for the same
ideological reasons.
The book is divided into two parts. Part I offers a theoretical background,
draws up an analytic checklist of linguistic tools to be employed in the comparative
analyses, and states the main hypothesis of this investigation. In Part II four
empirical analyses are carried out in order to test this hypothesis within the
methodological framework set out in Part I. This book seeks to show how the
contrastive analysis of translations from Italian into English is carried out
within the framework of the discipline of translation and comparative studies.
Vanessa Leonardi was born in Italy and raised bilingual. She graduated in Modern Languages at the University of Coventry (UK) in 1998. In 1999 she was awarded an MA in Translation Studies from UMIST (Manchester, UK) and in 2004 she received her PhD in Translation and Comparative Studies at the University of Leeds. Vanessa Leonardi is currently lecturing at the Italian Universities of Ferrara and Brescia as well as teaching at CIEE, a private American University in Ferrara.
Frédéric Lamotte
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Profession : Traducteur
Georges L. Bastin et Monique C. Cormier
Presses de l'Université de Montréal, 2007, 67 pages, 21,5 x 11,5, ISBN 978-2-7606-2033-9.
La collection Profession répond aux questions que se
pose l'étudiant ou le jeune chercheur face à l'institutuion universitaire
et aux métiers auxquels celle-ci prépare : quel est le rôle
des chercheurs, des intellectuels, des universitaires de manière générale,
quel a été leur parcours intellectuel et que font-ils, quels sont
les tenants et aboutissants de leur réflexion et de leur pratique. L'opuscule
dédié à la profession de traducteur est co-signé
par Georges L . Bastin, traducteur issu de l'École d'interprètes
internationaux de Mons devenu professeur agrégé au Département
de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal,
et Monique C. Cormier qui y est professeure titulaire. Leurs cheminements respectifs
démontrent comment la pratique de la traduction a conduit à une
réflexion scientifique et à l'approche de facettes spécifiques
au domaine comme la terminologie et la traductologie au sens large. Tous deux
occupent des postes de présidence ou de vice-présidence dans de
grandes institutions québecoises de traduction comme l'Ordre des traducteurs
et les Affaires professionnelles.
Après une introduction qui affirme que notre époque rend à
la traduction ses lettres de noblesse et définit celle-ci moins comme
un art - sauf pour la traduction littéraire dont il n'est pas question
ici - que comme une activité professionnelle qui appartient au secteur
tertiaire de l'activité économique et qui peut donc se définir
comme un service de communication qui exige, outre une connaissance linguistique
sans égal, une culture polyvalente et une intelligence aiguë, les
auteurs retracent l'hisotire, parfois héroïque, des grands traducteurs
du passé avant de passer à l'évocation des tâches
du traducteur. Ressentant le besoin de détruire les stéréotypes
et de réaffirmer le caractère intellectuel de la profession, les
auteurs rappellent l'importance des étapes de lecture (intelligente et
soucieuse des nuances) et de relecture du contenu (isolé et dans son
ensemble) qui visent à découvrir la progression mentale et discursive
de l'auteur. La lecture est indissociable de la réflexion et exige une
auto-formation permanente du traducteur. Ce sont les stades d'écriture
et de réécriture qui suivront, le traducteur se définissant
avant tout comme rédacteur. Les pièges du transcodage et des interférences
sont soulignés ainsi que la nécessité d'obtenir un texte
fonctionnellement adéquat à ses usagers. Il faut sans doute insister
sur le fait que le traducteur n'est jamais aussi présent que quand il
est ressenti comme invisible
Clarté, logique et concision sont les
critères fondamentaux. Les auteurs insistent ensuite sur le besoin de
ne pas dissocier formation professionnelle et recherche dans les Écoles
nées dans l'immédiat après-guerre qui se sont, pour la
plupart, développées dans le giron universitaire. La combinaison
de trois langues s'affirme de plus en plus ainsi que la pertinence de la spécialisation.
Dans ces Écoles devenues Facultés pour certaines, la méthode
devient de moins en moins empirique. La formation théorique s'y voit
greffée à l'acquisition d'une maîtrise du savoir-faire et
à des stages en milieu professionnel. La traductologie a pris pour objet
d'abord le texte puis, aujourd'hui, le traducteur. Après avoir oeurvré
à modéliser le transfert linguistique, on cherche à modéliser
" la boîte noire " du traducteur avec les approches psycho-linguistiques
et cognitivistes. Modéliser l'intervention du traducteur prouve que celui-ci
affiche maintenant sa visibilité. Sur le marché de l'emploi, outre
les qualités intellectuelles déjà citées, l'employeur
recherche la maîtrise d'une troisième langue à l'ère
de la mondialisation. La travail par groupements de traducteurs sur un vaste
projet devient de plus en plus fréquent. Les modes de tarification évoluent
également et comprennent le tarif au mot (et au signe), le tarif horaire,
le tarif hybride, le tarif forfaitaire et les redevances, chaque mode possédant
ses applications spécifiques. Quant à la qualité du service,
les traducteurs se sont dotés de réseaux professionnels qui régissent
l'entrée dans la profession. La FIT, parmi d'autres, a notamment pour
objectif de promouvoir le professionnalisme de ses membres. Elle joue aussi
un rôle de conseil auprès de l'Unesco. La profession est réglementée
par des lois et régie par une association et un ordre professionnel,
comme l'Ordre des traducteurs au Québec. La notion de protection du public
est cruciale. Enfin, la reconnaissance octroyée par l'Etat signe l'utilité
et l'importance de la profession dans la Cité, dans la sociéte.
Nadia D'Amelio
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Pratique sociale de la traduction. Le Roman réaliste américain dans le champ littéraire français (1920-1960), Jean-Marc Gouanvic
Artois Presses Université, 2007, 204 pages, 16 x 24, ISBN 978-2-84832-054-0.
Cet essai traductologique sur la traduction en français
du roman réaliste américain entre 1920 et 1960 répond à
la vogue sans précédent qu'a connue la traduction de la littérature
américaine au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Les écrivains
retenus (Henri James, John Dos Passos, Ernest Hemingway, John Steinbeck et Henry
Miller par exemple) ne constituent sans doute qu'une petite partie de la vague
qui a atteint l'Europe pendant cette période.
La méthodologie utilisée repose sur la théorie de la culture
de Pierre Bourdieu. La recherche est principalement axée sur une analyse
contrastive des originaux et de leurs traductions et s'efforce d'interpréter
les faits de traduction dans une dynamique relationnelle tenant compte de la
dynamique de travail du traducteur (son habitus selon Bourdieu) et d'un éditeur,
l'un et l'autre dépendant de l'habitus de l'auteur du texte original
et de la culture d'accueil. Le discours sur l'habitus d'un des agents (écrivain
ou traducteur) ne peut se dissocier de ses relations avec un champ (Bourdieu).
Gouanvic tente donc de cerner et de décrire le champ de la littérature
réaliste dans sa dimension de traduction de l'anglo-américain
à l'époque précisée, en utilisant l'analyse contrastive
des textes, les critères éditoriaux, les collections de traduction
et les discours marginaux tels que les préfaces et critiques auxquelles
les textes traduits ont donné lieu. Cet essai est donc, comme il le souligne,
" une vue en coupe " qui peut servir de tremplin à d'autres
recherches.
Cet ouvrage fait suite à Sociologie de la traduction (1999)
qui envisageait la translation de la science-fiction américaine dans
le domaine culturel français dans les années cinquante par la
traduction et l'émergence d'un champ autonome de science-fiction française
grâce à Boris Vian, Raymond Queneau et Michel Pilotin. Le présent
essai, lui, se consacre au genre romanesque par excellence en Occident, le roman
réaliste. Comment ce mode particulier - américain - d' illusio
réaliste est-il transmis par la traduction dans la culture française
?
Un tel essai sociologique de la traduction peut surprendre le lecteur, à
juste titre, par ses nombreuse références à A. Berman.
Cependant, l'attrait pour Berman s'explique par la perspective que celui-ci
ouvre sur l'importance du texte source, au contraire de l'approche polysystémique,
par ses questions pertinentes sur l'éthique du traducteur, sur la dimension
psychanalytique de la pratique de la traduction et, enfin, sur cette célèbre
pulsion à traduire. L'optique de Berman confère une place capitale
au traducteur, et c'est ce que retient Gouanvic de son approche.
Après l'introduction qui démontre que le modèle théorique
adopté relève du constructivisme structuraliste, l'auteur cerne
l'enjeu de la sociologie de la traduction en se focalisant sur l'éthique
après avoir évoqué la théorie du Polysystème
et celle d'A. Berman dans les rapports que ces deux analyses entretiennent avec
la sociologie bourdieusienne. Ensuite, l'auteur se penche sur l'éthique
sociale de la traduction, problématique bermanienne vue sous un il
critique. Les chapitres suivants tracent un panorama d'un certain nombre d'écrivains
américains traduits au XIXè et au XXè siècles dans
le champ littéraire français : Nathaniel Hawthorne, Henry James,
William Faulkner, Ernest Hemingway, John Dos Passos et Francis Scott Fitzgerald
e.a.. Panorama qui permet de poser les questions pertinentes sur l'homologie
en traduction, par exemple (Bourdieu). Figure également un entretien
que l'auteur a eu avec André Bay, directeur littéraire des éditions
Stock, Delemain et Boutelleau de 1945 à 1980. La théorie des liens
symboliques de Pierre Bourdieu informe cet essai qui conclut en s'interrogeant
sur la pertinence de la théorie sociale envisagée quand elle est
appliquée à la traduction.
Nadia D'Amelio
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Au-delà
de la lettre et de l'esprit : pour
une redéfinition des concepts de source et de cible
éd. Nadia D'Amelio, Université de Mons-Hainaut, CIPA, 2008, 226 pages, 25 euros
Le Colloque international Traduction/Traductologie, Au-delà
de la lettre et de l'esprit : pour une redéfinition des concepts de source
et de cible, convoqué à Mons les 27 et 28 octobre 2006,
a pris pour thème l'érosion du clivage source/cible en traduction,
lui-même fondé en bonne partie sur l'enfer théorique du
fond et de la forme, et la redéfinition de ces concepts en traductologie,
laquelle nous semble nécessaire à plus d'un titre.
Le programme a reflété le souci d'aborder, dans un métalangage
tantôt métaphorique et littéraire, tantôt linguistique,
la question du traduire en termes à la fois pratiques et conceptuels.
Y ont été abordés par traducteurs et traductologues éminents
les dilemmes soulevés par la traduction littéraire et poétique,
mais aussi par celle de textes pragmatiques, voire de sources audio-visuelles
ou publicitaires. S'y sont confrontés tant les défenseurs du ciblisme,
pour utiliser le néologisme forgé par Jean-René Ladmiral,
que ceux de l'intégrité de la source. Mais avant tout, il s'est
fait jour une volonté de subsumer les antagonismes, de trouver un terrain
de réconciliation basé sur une meilleure compréhension
des paramètres en jeu et soi-disant opposés. En particulier, le
champ de la création et de son pendant en traduction, recréation
ou réinterprétation, a vu ses contours mieux définis. Une
nouvelle visée, ni sourcière ni cibliste, s'est affirmée,
au-delà des polarités traditionnelles, notamment grâce à
une nouvelle lecture du texte de Walter Benjamin, La Tâche du traducteur,
qui a jeté un pont entre les rives opposées du passage qu'est
la traduction.
Les commandes sont à adresser au
CENTRE INTERNATIONAL DE PHONETIQUE
APPLIQUEE asbl
place du Parc 22
7000 MONS
Numéro de compte : 000-0194962-89
Code IBAN : BE 45 0000 1949 6289
Code Swift : BPOTBEBI.
Sommaire
Sourciers et ciblistes revisités, Jean-René Ladmiral
Source, cible, salade, Lance Hewson
La traduction littéraire : source d'enrichissement de la langue d'accueil, Françoise Wuilmart
La traduction entre source et cible :une perspective fonctionnaliste, Claude Tatilon
La liberté du traducteur ? Alain Van Crugten
Traduisant ou traducteur ? La dialectique de la source et de la cible en termes de production, Christine Raguet
Traduire des poèmes : déplacements autour de l'autre même, Christine Pagnoulle
La lettre et l'aura : Roger Fry traducteur de Mallarmé, Camille Fort
Sourciers et ciblistes : une question de signifiants, Christian Balliu
Impuretés, Henri Bloemen et Winibert Segers
La faute : à traduire au pied de la lettre ? Rudy Loock
Le principe de loyauté dans la traduction de l'élément culturel : du binarisme polarisant à la fonctionnalité du texte, Simos P. Grammenidis
De l'aval vers l'amont : la rétroaction en traduction, Nicolas Froeliger
Accueillir l'étranger : du décentrement créatif au triangle poétique, Madeleine Stratford
Les traces du traducteur, Magdalena Nowotna
De la source à la cible : la fidélité aux principes ou l'art du compromis ? Yvon Keromnes
Le geste traductif : pour poursuivre la réflexion , Mathilde Fontanet
Le contexte de la traduction : de quelques relations littéraires entre la France et la Grande-Bretagne, 1815-1848, Gabriel Louis Moyal
Dissolution des dissonances : La Tâche du traducteur de Walter Benjamin, Nadia D'Amelio
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Vient de paraître
THE AALITRA REVIEW 1
A JOURNAL OF LITERARY TRANSLATION AND CREATIVE REWRITING
SEPTEMBER 2008
THE AALITRA REVIEW
This is the first issue of the newly named AALITRA Review, which takes over
the key function of The AALITRA Newsletter, namely the publication of translated
literary texts and theoretical enquiry into the nature of literature and literary
translation. The Review continues
to carry notices of translation events specifically organised or participated
in by AALITRA; a separate Newsletter will be issued twice yearly to keep AALITRA
members up to date with what
is happening in translation studies centres and universities around the world.
THE AALITRA REVIEW SEPTEMBER 2008
CONTENTS
AALITRA Events: Forthcoming Conferences and Workshops
AALITRA Translation Workshop at the third Conference of
the International Association for Translation and Intercultural Studies
AALITRARESEARCH CENTRE FOR LANGUAGES AND
CULTURES, UNISA joint conference on Literary Translation
AALITRA Events: Forthcoming Public Talks
Jan Owen, Poetry as Translation
AALITRA Translation Events Retrospective:
Isobelle Carmody On being translated, review by Leah Gerber
David Elder Et la littérature fut
Réflexions en marge
de la littérature
et de la critique littéraire
The Melbourne International Franco-anglais Poetry Festival
Elaine Lewis on the Melbourne International Franco-anglais Poetry Festival
Judith Bishop, Defence Mechanism (Méchanisme de défense):
a poem
sculpted from prose, translated into French by Marie Frankland
Chris Andrews, Four poems by Jacques Rancourt, translated from French,
with a comment on the poet.
Margaret Dahlström, Youre the cutest, by Siv Widerberg
and Mats Andersson, translated from Swedish
Peter Hodges, The Slip-Up (Les pas vernis) by Boris Vian,
translated from French, with comment on the text
Harry Aveling, Four poems by Indonesian women writers, translated from
Indonesian
Vanna Walsh, Outback and Beyond in The Bushies: true stories
of Australian
characters by Allan M.Nixon, translated from English into Italian
Isobel Grave, The Well Wheel Creaks (Cigola la carrucola del
pozzo) by Eugenio Montale, translated from Italian
New Voices from South Australia
Katherine Francis, The She-Wolf (La mujer loba); a Latin American folk
story, translated from Spanish
Jennifer Woolsey, A Dam against the Pacific (Un barrage contre
le Pacifique) by Marguerite Duras, translated from French
THE COMMITTEE
Harry Aveling (President)
Brian Nelson (Vice President)
Margaret Dahlström (Secretary)
Isobel Grave (Editor)
Karin Touchie (Web Manager)
Rhiannyn Geeson (Treasurer)
Simon West
Vanna Walsh
Wasana Somachriyakul
Krishnavanie Shunmugam
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Literary Translation and Beyond.
Traduzione letteraria e oltre. La traduzione come negoziazione dell'alterità,
Rosella Mallardi (éd.), Peter Lang, Bern, 2008, 309 pages, 15,5 x 22,5, ISBN 978-3-03911-500-
La plupart des articles de cet ouvrage furent présentés au cours
du séminaire Literary Translation and Beyond / Traduzione letteraria
e oltre qui se tint à l'Université de Bari les 19 et 20
mai 2006. Le titre du séminaire devait attirer l'attention sur le vaste
champ de la traduction littéraire, riche de son histoire constellée
de nombreux accomplissements plus ou moins heureux, mais aussi, avec le beyond
/ oltre, sur le vaste horizon qui s'est révélé depuis les
années 1980 à la faveur de l'avènement en Occident du multiculturalisme
et de la mondialisation. En effet, la traduction a reçu, au cours de
ces dernières décennies, une impulsion notable au cur de
l'expansion de l'industrie culturelle et au niveau académique où
on lui a réservé une centralité, voire une autonomie, sans
précédent. Autant de nouveaux espaces institutionnels qui fondent
une nouvelle conscience et une nouvelle pratique sociale du multiculturalisme
et des échanges internationaux ainsi qu'une réflexion critique
sur la nature, le sens et la pratique du traduire.
Le concept de Translation Studies, né dans les années 1980,
s'inscrit dans la notion plus large de Cultural Studies, études
culturelles anglo-américaines nées dans l'immédiat après-guerre
qui cherchaient à mieux cerner les concepts de culture et d'identité.
La traduction, forme privilégiée d'échange et de négociation
de valeurs et d'idéologies, allait donc y trouver une place de choix,
l'accent se portant sur l'idée de cultural tranfer. En se confrontant
à l'expérience innovante de la linguistique, fonctionnelle et
systémique, cognitive et psycholinguistique, voire sociolinguistique,
sans oublier la sémiotique textuelle et la philosophie du langage ainsi
que les instruments technologiques et informatiques, les TS ont élaboré
une approche théorico-descriptive du traduire. Le corpus auquel s'intéresse
le présent ouvrage exclut les textes dits spécialisés,
qui se fondent essentiellement sur la référentialité des
termes, mais privilégie au contraire les textes littéraires qui
se caractérisent par un degré très élevé
d'opacité et de densité aux niveaux sémantique et symbolique.
Corpus des humanities, mais au sens strict. La difficulté fondamentale
de la traduction de textes littéraires par opposition aux textes spécialisés
ou techniques consiste, en effet, en l'utilisation hautement sophistiquée
de la langue au point où celle-ci se transforme en un système
de second degré par rapport à celui de la langue naturelle. D'autre
part, l'impossibilité de trouver des modèles parallèles
dans la langue d'arrivée - contrairement au cas des textes spécialisés
- rend la traduction littéraire particulièrement difficile, problématique
et riche en obstacles inédits. Les articles de cet ouvrage traitent des
aspects relatifs à des problèmes fondamentaux, à savoir
dans quelle mesure et sur base de quelles justifications le texte d'origine
se voit domestiqué, naturalisé dans la langue et la culture d'arrivée
ou bien dans quelle mesure et sur quel mode la traduction correspond scrupuleusement
au goût et au sens strict de l'original. A l'intérieur de cette
polarité viennent se configurer divers types de traduction depuis celle
qui repose sur la philologie et l'exégèse respectueuses du texte
de départ jusqu'à celle qui accorde toute l'attention à
la modalité et aux occasions de ré-écriture, surtout s'il
s'agit du traducteur-auteur qui veut " transporter " le texte dans
un autre univers culturel, le parodier, le paraphraser, l'imiter ou l'adapter
dans un code différent.
Marie Thérèse Jaquet met en lumière d'autres problèmes
significatifs, en outre l'apport de disciplines du savoir comme l'approche génétique,
les mécanismes psychologiques et cognitifs de l'acte de lecture et de
traduction. Augusto Ponzio, examinant le pouvoir absolu sur la langue que confère
la création littéraire et, partant, sa traduction, évoque
le cas de la traduction par Antonin Artaud de Humpty Dumpty de
Lewis Carroll. La subversion de la langue pratiquée par l'auteur se voit,
chez Artaud, traversée en profondeur, configurée comme une lutte
contre l'ordre du discours commun dans les deux langues. Ici a lieu une compréhension
de l'original doublée d'une appropriation profonde de cet original qui
se configure comme une métamorphose-(re)naissance d'un texte parallèle,
d'un nouvel original signé par l'auteur français. L'article de
Rosella Mallardi traite également de Lewis Carroll, mais dans une optique
intertextuelle et intersémiotoque - la photographie dans le texte à
traduire. Enfin, l'intervention de Federico Zanettin, Parallel Corpora in
Literary Translation Theory and Practice, se réfère aux instruments
et aux méthodes de ce qu'on appelle Corpus Linguistics dans la théorie
et la pratique de la traduction littéraire, plus spécifiquement
aux parallel corpora. Ces corpora sont un auxiliaire utile comme
source d'information sur les choix et solutions de traducteurs précédents
et comme outil descriptif. Les nombreux programmes software permettent d'isoler
les occurrences dans les textes et même de contraster emplois marqués
d'emplois idiomatiques de termes ou de syntagmes, voire de structures. Autant
de voies d'accès à l'objet du traduire qui deviennent incontournables.
Nadia D'Amelio
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The Poetry of the Self-Taught. An Eighteenth-Century
Phenomenon.
By Julie Prandi, Peter Lang, New York, 202 pages, 23,5
x15,5, ISBN 978-1-4331-0251-6
Si, au cours du XXè siècle, la poésie canonique du XVIIIè
siècle n'a plus guère trouvé de lecteurs en raison des
caractéristiques mêmes de sa diction et de son imagerie, la poésie
des autodidactes de la même époque pourra paraître plus accessible
à plus d'un égard. Alors pourquoi ressentir le besoin d'amorcer
un renouveau pour celle-ci, de lui donner les clés des anthologies et
de la conscience populaire ? Parce que cette poésie a été
tenue dans l'ombre, sa beauté et sa force ont été clipsées,
sa raison d'être a été marginalisée dans l'histoire
littéraire, pour des raisons que Julie Prandi veut clarifier dans cet
ouvrage.
Tout d'abord, l'un des aspects les plus saillants de ces vers est leur point
de vue original ou leur métaphysique sous-jacente dans laquelle le corps
et l'esprit sont intimement liés. Nombre de poètes relevant de
cette catégorie évoquent des thèmes comme le mariage, les
relations sexuelles, la nourriture et la boisson. Les préjugés
auxquels se heurte la reconnaissance qu'ils méritaient et méritent
encore sont souvent liés à leur origine sociale et à leur
sexe. Des jugements tels abondent prenant appui sur l'axiome qui veut qu'une
grande poésie ne peut naître dans l'esprit d'un homme de basse
condition et, donc, de capacités intellectuelles limitées (encore
moins d'une femme
). Cet axiome semblait fournir une protection aux poètes
du courant canonique contre l'attention qu'attiraient les autodidactes contemporains.
En effet, l'histoire héroïque du triomphe sur les privations économiques
et éducatives pourraient fasciner les lecteurs qui rechercheraient dans
ces vers le reflet de leur vie de labeur - pas uniquement agricole - et de leurs
attitudes sociales. Certains de ces poètes qui pouvaient être agriculteurs,
artisans ou employés étaient aussi issus de la classe moyenne.
Le trait commun entre eux réside sans doute bien plus dans leur manque
d'éducation structurée, au sens strict, par rapport à celle
des poètes du courant canonique éduqués aux auteurs latins
et grecs, e.a.
En effet,ces poètes dont il est question ici étaient à
proprement parler des autodidactes. La tâche que se donne Prandi est de
mettre en lumière l'accomplissement artistique, littéraire, formel
réussi par de nombreux poètes autodidactes allemands et anglo-saxons
principalement. Qu'il s'agisse du mètre, du rythme, de la rime ou de
la force de l'imagerie, à quel titre peut-on qualifier ces poèmes
de " bas " ou " triviaux " ? Autre originalité de
cette analyse : les poètes hommes et femmes sont examinés sans
distinction de sexe, leur point commun et seul pertinent étant leur formation
d'autodidacte qui réduit vite à néant tout contraste basé
sur le sexe des auteurs. Enfin, il importe de souligner que ce sont ces autodidactes
et leurs audaces qui donnèrent naissance à la poésie du
XIXè siècle : la voix narrative, le je lyrique qui exprime une
expérience personnelle plutôt que des émotions universellement
valables, la rébellion contre les modèles et les formes néo-classiques
bien établies, et une diction plus naturelle. Au XXè siècle,
c'est leur organisation poétique moins ordonnée, moins hiérarchisée
qui allait être très appréciée, de celles que l'on
trouve dans les histoires en vers de Crabbe ou dans les longues odes de Karsch.
Le dernier chapitre a pour sujet les évocations contrastées de
l'hiver par les poètes canoniques et par les poètes autodidactes.
Ces derniers livrent un portrait dynamique qui permet au lecteur de faire l'expérience
sensible de cette saison non-pastorale alors que les premiers construisent des
images statiques et s'en remettent à des effets purement visuels. Les
difficultés rencontrées par ces poètes autodidactes durant
leur siècle et plus tard furent, et sont encore, " the inevitable
difficulties accruing to men and women of genius whose roots were in the common
people " (Andrew Noble).
Nadia D'Amelio
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Marion May Campbell
SHADOW THIEF (Voleur d'ombres)
(Canberra: Pandanus Books, 2006)
SHADOW THIEF (Voleur d'ombres), le dernier texte de Marion May Campbell, contient, sans en être l'esclave, toute une gamme d'allusions que l'on pourrait qualifier très librement de deleuziennes : devenir, désir, différence, déterritorialisation.
Son livre renferme des vignettes finement ciselées, des élans poétiques, ainsi qu'un monde rempli de cloisons, de barrières, de divisions, de ruptures... sans oublier les traces, les travers et les blessures de l'amour intense, de la possession et de la domination. Comme d'habitude, les textes de Marion May Campbell posent des défis fascinants aux traducteurs car la qualité de son travail d'écrivaine-orfèvre est omniprésente sans jamais être pesante. SHADOW THIEF (Voleur d'ombres) est un livre riche en sensibilité et pulsions féministes et fusionnelles où, à l'écart des dualismes simplistes, se rencontrent (entre mille autre choses) plusieurs tendances : l'esprit d'épithètes-étiquettes laconiques et lapidaires, l'esprit de bibliothécaire (rempli de culture sur fiches bien rangées) et l'esprit de pyromane (celui qui brûle certaines conclusions étroites avec une naïveté artistique et nietzschienne dans un élan quasi suicidaire, loin des règles d'une routine rationnelle et sophistique...) La trame essentielle du livre est plus vaste encore et repose sur des jeux psychologiques entre les protagonistes aux prises avec la peur d'être rejetés et l'amour de soi, sans oublier des relations viscérales avec les mots et les gestes - ceux qui blessent ou qui se profilent dans les marges (tout en étant au cur même) des rapports. Et les mots dans les textes de Marion se centrent toujours sur le dit, le non-dit et l'(inter)dit...
Ajoutons que les lecteurs seront fascinés par les jeux de relecture de William Faulkner (AS I LAY DYING - Tandis que j'agonise) qui se trouvent à l'intérieur de VOLEUR D'OMBRES. Marion possède un sens du souffle, et le rôle de la voix (ou plutôt des voix) est toujours central depuis son premier roman, LINES OF FLIGHT (Lignes de fuite).
Cette écrivaine remarquable a formé de nombreux étudiants australiens au niveau de la licence et du troisième cycle dans ses cours de creative writing. Ces unités d'enseignement - ateliers d'écriture - sont importants dans les pays anglophones, mais assez peu connus en France.
Ses livres restent parmi les rares textes qui gagnent beaucoup à la relecture pour révéler de nouvelles strates de son sens aigu de la composition.
VOLEUR D'OMBRES de Marion May Campbell est le résultat d'un travail encouragé par The Australian National University et méritait pleinement d'être publié par Pandanus Books à Canberra.
David ELDER, Perth, octobre 2008
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The Translation of Children's Literature. A Reader, Gillian Lathey (ed.), Multilingual Matters Ltd, Clevedon, 2006, 21 cm/15 cm, ISBN 1-85359-906-9
L'intérêt critique que l'on accorde à la littérature
jeunesse s'est développé à un rythme rapide depuis ces
trente dernières années. Le troisième Symposium de l'International
Research Society for Children's Literature (IRSCL) en 1976 marque un tournant
dans cette évolution. Ce fut le premier symposium (et le seul pendant
longtemps) sur la littérature jeunesse consacré à la traduction
et à la circulation internationale des livres pour enfants. Le sujet
commençait à peine à recueillir une crédibilité
académique. Le rôle de la traduction de ce type de texte avait,
jusqu'alors, à peine été évoqué alors que
celui-ci est encore plus crucial que dans la littérature pour adultes.
Néanmoins, les premiers signes d'intérêt pour ce genre de
littérature et sa traduction étaient apparus dans la discipline
des Littératures comparées avec, e.a., le livre de Paul
Hazard, publié en 1932, Les Livres, les enfants et les hommes.
De ce livre naquit l'étude capitale que Bamberger consacra aux
influences interculturelles de la littérature pour enfants dans les années
1960 et 1970. Enfin, la publication de Children's Books in Translation,
de Göte Klingberg, en 1978, marqua un moment décisif auquel
succéda le tournant du nouveau millénaire avec la publication
de Kinderliterarishe Komparatistik de O'Sullivan (2000). La parution
du Reader de G. Lathey est ainsi opportune. Son but est de rassembler,
à l'usage des étudiants et des universitaires, des articles scientifiques
tirés de revues anglo-saxonnes et des chapitres de livres publiés
qui reflètent le développement et l'amplitude des recherches en
traduction jeunesse au cours des trente dernières années. Ces
textes démontrent à de nombreuses reprises que la traduction jeunesse
se distingue de la traduction pour adultes pour deux raisons fondamentales.
Tout d'abord, il y a la place sociale de l'enfant et le statut connexe de la
littérature écrite pour lui ; ensuite, les aspects du développement
du comportement de l'enfant déterminent les qualités uniques de
ce qui fera le succès auprès d'eux et qui rendra la traduction
imaginative, originale, riche de défis et pourtant fréquemment
sous-estimée.
Les articles et chapitres rassemblés illustrent la position ambiguë
de l'adulte et en particulier de l'adulte traducteur à l'égard
d'un texte pour enfants qu'il contrôle ou sur lequel il peut doucement
ironiser. Position asymétrique qui peur engendrer un certain inconfort
pour le traducteur d'autant que de nombreux textes ne s'adressaient pas à
l'origine à un public constitué exclusivement d'enfants. De plus,
comme il s'inscrit dans une culture donnée, le traducteur peut être
amené à censurer des scènes de violence, par exemple, ou
des passages scatologiques dont les enfants raffolent pourtant. Il existe des
exemples célèbres de cette censure au service de besoins didactiques,
religieux ou moraux. Le contexte culturel se voit aussi adapté, localisé,
domestiqué pour alléger la charge d'étranger à laquelle
l'adulte pense que l'enfant serait inadapté. Le traducteur essaie, par
ailleurs, de produire des textes dont la fraîcheur, la vivacité,
la compacité de la langue parlera à l'enfant d'une manière
directe et spontanée. L'idée est que le texte jeunesse ressemble
à une bulle de savon animée de son propre rythme de vie et de
la même légèreté. Le son devra aussi être traduit
avec soin, et avec lui le rythme, cette prose s'approchant souvent de la poésie.
C'est dire qu'un appel tout particulier est lancé à la créativité
du traducteur en matière linguistique. Souvent traduire le son coïncide
avec la traduction du non-sens, comme dans Lewis Carroll ou Christian
Morgenstern. La qualité visuelle du texte constitue aussi un défi
majeur. Autant de thèmes de réflexion et d'évaluation qui
sont abordés dans cette anthologie. Si lon prend conscience des compétences
variées et du doigté qu'exige ce type de traduction généralement
sous-estimé, cela ne se fera qu'au bénéfice des jeunes
et de la profession qui a à son service, depuis les années 1990,
des outils de plus en plus précis, de plus en plus puissants comme l'étude
des " corpora " en analyse computationnelle. En fin de compte, l'idée
de Lawrence Venuti selon laquelle il faut faire savoir au lecteur qu'il lit
une traduction a peu de chance de remporter l'adhésion des traducteurs
de littérature jeunesse si elle n'est pas nuancée.
Nadia D'Amelio