Umberto Eco

Dire presque la même chose. Expériences de traduction
Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher, Paris, éditions Grasset, 2006, 14 x 22, 460 pages, ISBN 978-2-246-65971-6, 25,25 euros

Traduire, est-ce vraiment dire la même chose dans une autre langue ? Qui décidera de ce qu'est vraiment la chose et de ce que dire signifie ? Nombre de traités philosophiques ont examiné cette question épineuse, concluant souvent à l'intraduisibilité intrinsèque de tout texte. Mais U. Eco veut, cette fois, voler plus bas et tenter de comprendre comment on peut, contre vents et marées, dire presque la même chose. Et c'est l'idée du presque qui est ici cruciale. Etablir l'élasticité, la tolérance de ce presque dépendra des critères que l'on aura fixé à ce qui s'avère un acte de négociation.
U. Eco aborde le problème du traduire de plein droit et à plusieurs titres : comme traducteur, comme auteur traduit et comme éditeur. Son livre, basé sur de nombreuses expériences concrètes, reprend les textes écrits pour divers séminaires inscrits dans le cadre du Doctorat de Recherche en Sémiotique de l'Université de Bologne où le cas de la traduction intersémiotique a été tout particulièrement mis en lumière par l'auteur ; les Goggio Lectures de Toronto et les Weidenfeld Lectures d'Oxford y sont également reprises sur le ton de la conversation plutôt que celui de l'exposé scientifique au sens strict. L'intérêt très net pour la richesse des exemples, comparable à celui de G. Steiner dans Après Babel, est un trait marquant de cette étude, Eco se méfiant du point de vue théorique pur de l'érudit qui n'aurait toutefois aucune expérience directe du traduire.
Partant d'expériences personnelles et issu de deux séries d'entretiens, le livre ne se présente donc pas comme une théorie de la traduction, mais plutôt comme une glose de l'adage de Cicéron verbum e verbo sed sensum exprimere de sensu, placée sous l'égide de la négociation, ce processus au cours duquel, pour obtenir quelque chose, on renonce à quelque chose de sorte que les deux parties en ressortent satisfaites. Le bon sens éditorial, même s'il se fonde sur des considérations commerciales, n'est pas dénigré.
La traduction, selon un principe désormais évident en traductologie, ne se produit plus entre systèmes clairement incommensurables, mais bien entre textes d'abord pensés en langue naturelle. Qui dit langue naturelle, dit aussitôt vision du monde spécifique, comme l'explique la sémiotique de Hjelmslev. Si celles-ci sont incommensurables, elles ne sont pas pout autant incomparables. Les termes linguistiques étant comparables, une fois les ambiguïtés résolues à l'aide du contexte, c'est en se référant au monde dont parle le texte donné que le traducteur négocie son équivalent. Il ouvre ainsi la dimension du passage d'un monde à un autre, se démarque définitivement du leurre du mot à mot et se situe dans un processus à la fois plus complexe et plus adéquat dans lequel il met au jour des isotopies ou niveaux de sens homogènes. U. Eco, dans sa négociation des pertes et des compensations afin d'aboutir au presque même, apporte force exemples de respect, fussent-ils non littéraux, de l'intention du texte, de son effet.
Enfin, si l'ouvrage ne s'adresse pas exclusivement à un public scientifique, beaucoup y retrouveront volontiers l'U. Eco qu'ils apprécient et qui propose, par exemple, de ne plus parler de texte-source et de texte-cible, mais plutôt de texte-delta et de texte-embouchure, terminologie qui, si elle semble fantaisiste, a le mérite d'ouvrir à une nouvelle intertextualité comme à un nouveau territoire de la pensée du monde à monde où se voit soupesée la substance des mots, la seule à laquelle il s'agit d'être loyal plus que fidèle.


Nadia D'Amelio

 

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Henri Meschonnic

Ethique et politique du traduire
Editions Verdier, 2007, 14 x 22, 185 pages, ISBN 978-2-86432-516-1,15 euros.

 

Après Poétique du traduire, Henri Meschonnic nous livre une réflexion approfondie sur l'éthique et le politique du traduire qui dépasse les spécificités traditionnelles des sciences du langage et de l'herméneutique. Une éthique du traduire située dans une éthique et une théorie généralisée du langage est restée implicite à ce jour et n'a été tentée que sous la forme d'une moralisation déontologique, celle de la fidélité et de l'effacement ou de la transparence de la traduction. Devant l'urgence de mettre en déroute les idées reçues et profondément ancrées dans l'académisme scolaire, l'éthique est définie non comme une responsabilité sociale, mais comme la recherche d'un sujet qui s'efforce, par son activité, de se constituer comme sujet. Etant un être de langage en soi, ce sujet est nécessairement à la fois éthique et poétique. Dans la mesure où cette éthique concerne tous les êtres de langage ou citoyens de ce monde, elle est aussi politique.
Penser l'éthique de la traduction nécessite la dissociation d'idées installées, voire arrêtées. Comme, par exemple, celle que traduire signifie traduire de la langue avec les seules armes de la langue ; ou encore celle que la pensée de la langue ou du signe est celle du binaire, donc du discontinu. Or, il s'agit de penser le continu corps-langage, affect-concept, l'interaction des quatre composantes langage-poème-éthique-politique, interaction étant compris au sens de Wechselwirkung, pour citer Humbold auquel Meschonnic fait de nombreuses références.
La traduction est présentée comme l'enjeu d'une véritable révolution culturelle : son rôle, sans plus de commune mesure avec celui de passeur de messages, est bien celui de la représentation du langage et de la société telle qu'elle est représentée et révélée par celle-ci. La traduction est, en outre, dans tous ses états, le terrain d'expérimentation des théories du langage. L'équivalence recherchée est posée de texte à texte et s'efforce de révéler l'altérité linguistique, culturelle, mais aussi historique comme une spécificité et une historicité. Traduire n'est donc plus considéré comme une activité ancillaire, mais joue un rôle majeur et unique dans la théorie d'ensemble du langage, celui d'une poétique expérimentale qui voit dans le signe et le rythme non une alternance, mais un continu, un même souffle. S'agissant du sens du langage, Meschonnic souligne la critique saussurienne des dichotomies traditionnelles du signe et contribue ainsi à mettre en perspective une vision fédératrice de celui-ci. Traduire ne sera plus désécrire qu'à la condition qu'on traduise le signe dans son ensemble : il sera alors écrire, traduire non plus le sens, mais la force d'un discours.
Dans son combat contre les binarismes, l'auteur nous livre une appréciation critique de textes tels que ceux de P. Ricoeur, A. Pym, G. Steiner, W . Benjamin et Derrida, entre autres. Renvoyant dos à dos sourciers et ciblistes, et après avoir identifié le rapport problématique de l'Europe et du signe, Meschonnic avance qu'il s'agit, sur l'exemple de sa propre traduction du rythme, du récitatif de la Bible, non pas de traduire ce que disent des mots, mais bien ce que fait un discours.


Nadia D'Amelio

 

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Catherine Perret

Walter Benjamin sans destin
Bruxelles, éditions de la Lettre volée, 2007, 267 pages, 20 euros, 15 x 21, ISBN 978- 2- 87317-312-8,

 

Dans l'exercice de lecture que nous livre C. Perret, Benjamin, sans destin parce qu'en perpétuel exil linguistique, s'interroge sur le langage. L'organe de tout savoir, qu'il fût mimétique ou non, de toute science qui recherche la vérité, est le langage médium qui, selon Benjamin, est à la fois le milieu, le médiateur et l'intermédiaire de toute communication, ou encore la condition, l'espace et l'instrument de l'expérience, simultanément. Savoir et langage sont les deux facettes d'une même réalité. La nomination des choses, véritable onomaturgie, délie les formes, engendre l'expérience sensible et c'est d'elle que procède la vision finale. Le jaillissement de cette grappe sonore ou Glockentraube - nomination créatrice qui est en soi révélation - se double de l'expérience benjaminienne de la traduction, ce qui retient toute notre attention.
Dans son évocation de La Tâche du traducteur et de l'essai Sur le langage en général et le langage humain en particulier, C. Perret s'arrête à l'intérêt de Benjamin pour le nom perçu comme nom propre, qui signe l'effet d'appropriation du monde et, en même temps, d'aliénation au monde, l'un n'allant pas sans l'autre. Lorsqu'il se demande si l'homme communique son essence spirituelle par les noms qu'il donne aux choses ou dans ces noms, et conclut que le paradoxe de la question contient la réponse, il récuse la certitude de notre droit à la vérité : les essais opèrent, en effet, un vrai travail de sape qui récuse systématiquement la légitimité de notre usage philologique du langage. Si la langue ou le sémiotique a une fonction instrumentale, le langage, lui, a une dimension poétique à l'intérieur de laquelle les langues, avant de parler et pour parler, doivent crypter et décrypter les signes, doivent être aussi médium et voir. Benjamin insiste sur la qualité visionnaire du médium précisément parce que ce pan de la langue se voit habituellement occulté.
Or, le langage comme communicabilité effective et réalité ultime, souligne la dimension cardinale que partagent l'homme et le monde : la forme. Dimension esthétique qui veut que ce qui vit d'abord apparaît. Dès lors, cette théorie de la révélation conduit à une théorie de la traduction. Au même titre que la nature ne cesse d'inventer des formes nouvelles, parce que la vie ne peut s'inventer que par anticipation, il ne faut pas cesser de traduire pour que ne se pétrifie jamais le sens. L'œuvre originale est ainsi en perpétuelle construction. S'il exprime un désir mallarméen de pur langage, Benjamin tire, en fait, une jouissance de l'épaisseur du langage humain, de l'opacité dans laquelle l'existence humaine se trouve captive. La traduction œuvre à mettre au jour la postmaturation de la parole étrangère, les douleurs obstétricales de sa propre parole. Benjamin s'attache à la question non du comment traduire mais à celle du que traduire : quelles œuvres valent d'être traduites parce qu'en elles, la langue s'est exilée. Il pose le rapport qui unit le visé au mode de visée et, contrairement aux romantiques, le définit comme historique, non irrationnel. C. Perret voit dans La Tâche du traducteur un décor en trompe-l'œil où s'élabore le projet d'une vision historique de la langue, remontant jusqu'à une énonciation magique que la rationalité aurait recouverte pour servir la dimension instrumentale de la langue.
Cette approche du langage à laquelle succèdent celles de l'Erfahrung, de la mémoire, de l'œuvre d'art et de la citation, montre combien Benjamin s'est affranchi de la philosophie occidentale de son temps, et aussi de la linguistique, pour parfois mieux y revenir, comme au romantisme. Pour C. Perret, la lecture des textes auquels elle arrache un sens contemporain, est une façon d'éclairer la question de l'esthétique de la copie à la base de notre société politique. C'est toute la question du signe, de l'image, du produit, de l'œuvre d'art, à l'époque d'une reproductibilité technologique sans précédent et d'une information mondialisée qui est posée. C. Perret écrivit cet essai au moment de la chute du mur, à une époque où il semblait urgent de critiquer les thèses postromantiques et leur idéalisation de l'art. Elle revient à ce texte, le revoit, le corrige, écrit une préface qui, à la lumière de Benjamin, analyse la force de l'oeuvre d'art à l'heure de l'iphone et de la toile planétaire d'informations.


Nadia D'Amelio

 

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Translating Lives.
Living with Two Languages and Cultures
Ed. Mary Besemeres and Anna Wierzbicka
University of Queenland Press (UQP), Australia, 2007, 181 pages, 23
X 15, ISBN 978 0 70 223603 7


Bien que l'Australie soit un pays riche de langues diverses et d'une expérience bilingue, cette richesse n'a pas été prise en compte et partagée assez largement jusqu'à ce jour : c'est bien plus une perspective monolingue sur le monde qui domine le discours et le mode de pensée de la plupart des Anglo-Australiens. Un perspective monolingue est aussi, de facto, monoculturelle. Et bien que l'Australie se vante de sa multiculturalité, on y trouve, en fait, très peu de conscience de ce que veut dire vivre entre deux ou plusieurs cultures. La clé d'une compréhension inter-culturelle est la langue, qui permet de résoudre le problème de la communication entre cultures et, partant, d'apaiser les conflits sociaux.
Translating Lives s'articule autour de récits autobiographiques profondément émouvants qui retracent l'expérience de douze personnes vivant en Australie et parlant plus d'une langue, plus que la lingua franca qu'est l'anglais et qui a pris des airs d'absolutisme. Autant de révélations successives de langues indigènes dont beaucoup sont désormais tragiquement mortes (Kim Scott) et de langues issues des dernières vagues d'immigration depuis tous les continents du monde (Eva Sallis e.a.). En rachetant toutes ces langues grâce aux hybrides que sont les bilingues, l'Australie pourra se réinventer et prolonger dans la réalité ses rêves de multiculturalité.
Les auteurs de ce volume sont tous des hybrides au sens que donne à ce terme Krygier, hybride fils de parents hybrides arrivés an Australie comme réfugiés Juifs-Polonais fuyant le Nazisme. Le récit de leur hybridité spécifique se concentre sur l'hybridité linguistique parce que c'est celle-ci qui détermine leur vision du monde tout comme l'interaction avec d'autres individus sculpte les facettes de notre personnalité. Mais ils ne sont pas les héritiers passifs de divers arrière-plans linguistiques et culturels : ils sont, avant toute chose, des auto-traducteurs. Ces narrations nous décrivent de vies en/de traduction, comme le dit l'auteur bilingue Eva Hoffamn, des mondes qui se traduisent pour se rendre accessibles à d'autres mondes et compréhensibles pour eux. Elles montrent, au passage, les affres de l'auto-traduction à côté de ses bienfaits.
La place qu'occupe l'hybride, quand la langue aborigène Noongar, par exemple, est plus habile à parler de l'outback australien que l'Anglais, ou quand l'ethnocentrisme anglo-saxon échoue à rendre compte de tous les aspects d'une réalité fondamentalement diverse, est celle de l'homme à sa fenêtre ouverte, à la fois dedans et ouvert au dehors, à la perspective que lui donne son point d'ancrage aux frontières de deux perceptions du monde. Ouverture gage de richesse, certes, mais aussi de subtile disposition à vivre, sans barrières et simultanément, dans deux univers qui coexistent et se côtoyent en eux.

Nadia D'Amelio

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Giuseppe Mininni

La Psycholinguistique à l'œuvre dans la traduction
Texte traduit et présenté par Claudia Cortesi
Cahiers du R.A.P.T., " La Bibliothèque ", l'Harmattan Italia, Torino, 2007, 77 pages, ISBN (France) 978-2-296-03867-7


L'article de Giuseppe Mininni, rédigé en italien en 1980 et traduit par Claudia Cortesi en 2007, met en évidence les points communs et les implications réciproques qui lient les intérêts d'une science psycholinguistique et ceux de la théorie de la traduction appelée, peut-être improprement, " traductologie ". Alors que les approches linguistiques traditionnelles se concentrent sur la " traductibilité " d'un texte, sur la " fidélité " du texte traduit, sur les difficultés d'aborder les " langages sectoriels ", sur les risques d'ambiguïtés de la traduction simultanée, e.a., force est de constater que, malgré cette inquisition suspicieuse, l'on traduit. Côté paradoxal du traduire pour lequel Mininni tente d'élaborer une approche flexible capable de s'adapter à la réalité de cette activité traductionnelle dans son ambivalence intrinsèque. Mininni est armé, pour ce faire, non seulement de son expérience de théoricien de la traduction et de psycholinguiste mais aussi de sa pratique de traducteur du français, de l'allemand et de l'anglais, langues très différentes dans leur complexité respective. Traducteur de textes ayant pour thématique le langage (Roland Barthes et Julia Kristeva), la psycholinguistique (Jean Aitchison), la philosophie du langage (Adam Schaff), la critique du marxisme (Paul Mattick) notamment.
L'étude de Mininni, traduite plus tôt en anglais, se devait d'être connue en français. Aujourd'hui, les temps sont mûrs pour mettre à l'avant l'aspect interdisciplinaire que la psycholinguistique peut proposer à l'étude de la traduction. Le courant cognitiviste ne s'était pas encore imposé à l'époque de la rédaction en italien. Certes, l'importance d'une réflexion qui aille au-delà de la recherche du sens stricto sensu avait été reconnue plus tôt par le courant cognitiviste. L'importance d'identifier les processus sous-jacents lors de la production comme de la compréhension du texte, ignorée par le behaviorisme, se révélait déjà incontournable. Pourtant, les recherches de Mininni en psychosémiotique de la traduction sont d'une extrême actualité.
En effet, après une série de publications théoriques sur la traduction qui, selon C. Cortesi, ne sont pas à même de dresser un cadre épistémologique décrivant les stades de l'opération traduisante et le parcours endo-psychique qu'elle emprunte, la science semble manifester, aujourd'hui, un nouvel intérêt pour la psycholinguistique. La divulgation du texte de Mininni est un témoignage nécessaire à cette évolution, nous dit Cortesi, parce qu'il systématise la problématique du traduire sous un jour nouveau. Approche à la fois pragmatique, linguistique, sémiotique et psychologique à laquelle s'allie la connaissance encyclopédique. La réflexion de l'auteur est émaillée d'exemples qui, dans la répartition qu'il propose, englobent tous les interlocuteurs concernés et soulèvent les questions pertinentes quant aux rapports entre texte lu et texte écrit ou messages perçus et ré-élaborés ; il démontre ainsi la complexité des nombreux facteurs qui interagissent dans notre pensée et que la science cognitive et même la neuro-imagerie nous révèlent. Les signes divers du contexte culturel qui nous incitent à traduire ou, au contraire, entravent l'initiative de traduction, entrent aussi en jeu dans cette œuvre qui est celle de l'hospitalité envers l'autre.
Avec Mininni qui s'appuie sur une large base théorique ( par exemple Chomsky, mais aussi Tatiana Slama-Cazacu) tout en plongeant dans la réalité, nous pouvons conclure en disant que la traduction peut représenter l'image classique d'un peigne fin démêlant tous les nœuds de l'écheveau du langage. De là, la responsabilité qui pèse sur tous les acteurs du traduire et de sa théorisation. De là, aussi, la nécessité de dépasser, grâce à un modèle psycholinguistique, les frontières du cognitivisme pour embrasser une perspective pragmatique. De là, enfin, le besoin de reconnaître les traces du traducteur, son acte qui, par essence, ne se limite pas à un schéma de simple substitution sémiotique, mais s'inscrit dans l'interprétance.


Nadia D'Amelio

 

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Freddie Plassard

Lire pour traduire

Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris, 2007, 324 pages, 16 X 24 - ISBN 978-2-87854-381-


Souvent, l'incapacité à traduire naît d'un échec de lecture, d'une " mélecture " qui peut même aller jusqu'à frôler le " contresens de lecture ". La place accordée à l'étude des lectures déviantes ou erronées par la psychologie, la psychanalyse et, plus récemment, par les sciences cognitives, démontre à quel point l'activité de lecture tenue pour une compétence acquise dès l'enfance, un savoir élémentaire, est loin de se laisser systématiser aussi simplement et n'est pas à l'abri de dévoiements d'origines diverses. La lecture ne se résumant pas à la mise en pratique infaillible de mécanismes producteurs de sens, elle apparaît comme le véritable nœud gordien de la traduction, son pivot, l'opération qui non seulement précède la traduction-écriture, mais qui l'accompagne et la prolonge jusqu'à son accomplissement définitif.
C'est à C. et J. Demanuelli que F. Plassard emprunte le titre de son étude, Lire pour traduire, où lire signifie déchiffrer le texte, en cerner la spécificité à l'aide de ses éléments constitutifs afin de le restituer dans un autre idiome. Lire, en somme, vise à retenir du " textrait " envisagé tous les traits pertinents à la traduction : ces différentes couches linguistiques, intratextuelles et métatextuelles. Lire, c'est saisir le texte dans sa forme, " cet élément du texte consubstantiel au message et capital dans la recherche des équivalences lors de la restitution ", pour citer Demanuelli.
Un tour d'horizon allant de W. Benjamin à D. Gouadec, M. Lederer, D. Seleskovitch, J. Delisle et H. P. Krings montre que tous décrivent comment la lecture scande le processus de traduction tant en amont où l'on fouille les racines du texte, que pendant le traduire où sont soupesées les diverses lectures parallèles, qu'en aval, enfin, où la lecture permet d'affiner l'écriture, de l'optimaliser, la traduction même s'assimilant à une lecture.
F. Plassard s'appuie sur le modèle interprétatif de l'acte du traduire qui fait de cet acte une lecture " sur " - et non à partir de - l'original qu'elle vise non à remplacer mais à actualiser pour un nouveau lectorat. La traduction est alors une " conversion ", une modalité particulière de l'original dans un autre langage. La deuxième idée clé est que traduire, c'est lire un texte préexistant avec la finalité spécifique de le réécrire, " lire pour écrire ", comme le dit H. Meschonnic. Éternel va et vient entre lecture et écriture dont il importe d'isoler les étapes décisives parmi lesquelles le stade de l'identification du sens, celui des connaissances, aptitudes et opérations mobilisées. Si R. Barthes fournit une théorie de la lecture précieuse, les sciences cognitives, la psychologie cognitive en particulier, apportent un éclairage crucial qui permet, sur un plan pragamtique, de rejoindre le modèle interprétatif de Seleskovitch et de Lederer.
L'étude adopte une approche tranversale des différentes théories apparemment éloignées les unes des autres, et dégage les éléments pertinents d'une description scientifique et d'une explication épistémologique de la traduction écrite. C'est, en effet, l'écrit qui est envisagé parce qu'il lègue un objet " observable ", un produit dont on tente de reconstituer l'élaboration à rebours. L'observation empirique se révèle indispensable pour étayer la réflexion tout comme la reconstitution d'une démarche mentale par la comparaison des étas successifs d'un même texte. Ce dernier pan de la méthode est celui de la génétique textuelle et, bien qu'elle s'attache plus à l'écriture qu'à la lecture, elle est révélatrice du processus mental qui accompagne les phases de gestation de la traduction.
L'auteur prend appui sur sa double compétence de traducteur professionnel et de pédagogue ; elle a choisi de sa cantonner aux textes pragmatiques rencontrés dans sa vie professionnelle, ces textes qui sont à entendre comme instruments de communication, dont la lecture reste essentiellement utilitaire et qui présentent les écueils de lecture les plus significatifs. Textes normatifs ou procéduraux, ou encore issus d'un contexte pédagogique rassemblés afin d'apporter un éclairage diversifié sur la pratique de la lecture. Étude interdisciplinaire à la charnière d'une traductologie descriptive et d'une traductologie appliquée comprise comme critique de la traduction
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Nadia D'Amelio

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Voices in Translation. Bridging Cultural Divides.
Série Translating Europe, éds. Gunilla Anderman et Margaret Rogers, University of Surrey, Multilingual Matters, Clevedon, 160 pages, 15,5x23,5,
ISBN-13 : 978-1-85359-983-5

Le traducteur de fiction européenne, tout particulièrement de théâtre, est confronté à deux problèmes fondamentaux : comment faire résonner les voix qui s'expriment au-delà des frontières culturelles et comment communiquer le milieu social, culturel et politique où les locuteurs s'inscrivent.
La première contribution à ce volume, Voices in Translation, est celle où Gunilla Anderman souligne précisément l'importance de trouver pour les locuteurs et auteurs d'autres nations et d'autres cultures une voix authentique en traduction. La conscience de l'importance de ce transfert est née lentement. Il faut, à ce sujet, rendre hommage à l'œuvre de Bill Findlay qui a entrepris de traduire la littérature en dialecte écossais. Une attention particulière va aussi à la traduction en dialecte d'Enfantillages, de R. Cousse, par G. Hauptmann. On doit également à Findlay et M. Bowman la traduction des pièces du dramaturge québécois M. Tremblay qui a fait de lui le dramaturge le plus joué en Ecosse depuis seize ans.
La contribution de J. Corbett, Speaking the World : Drama in Scots Translation, rappelle le lien établi entre l'argot écossais urbain non-standard et les conditions d'oppression sociale, et cherche à rétablir un équilibre en explorant les usages de l'écossais dans les pièces anglaises traduites au cours de la seconde moitié du XXè siècle. Dans The Style of Translation : Dialogue with the Author, article de J. Farrell, l'Italie et l'Ecosse sont mises en exergue. L'idée centrale est la suivante : " The words may belong to language but the voice belongs to the artist. ". Farrell étudie le style de l'auteur sicilien V. Consolo et le problème de la traduction du dialogue pour y cerner l'impact créé par le style spécifique de l'auteur. Farrell s'inscrit contre la domestication ou l'ethnocentrisme de l'acte de traduction et maintient catégoriquement que le rôle du traducteur n'est pas second, n'est pas celui d'un organe à la périphérie du texte. Dans la même veine, H. Rappaport discute de l'émergence de nouvelles versions ou adaptations de pièces européennes par des auteurs britanniques contemporains, notamment les quatre pièces maîtresses d'A. Tchekov. Dans son examen des points forts et des points faibles de celles-ci, elle pose la question cruciale de savoir qui laisse sa signature à l'œuvre traduite, le traducteur ou l'auteur étranger. D. Johnston, dans The Cultural Engagements of Stage Translation : F. G. Lorca in Performance, souligne par ailleurs que le traducteur ne doit pas, sous le poids de l'importance des références encyclopédiques de Lorca, laisser la traduction s'assimiler à un exercice linguistique car le but du théâtre de Lorca est de recontextualiser l'expérience humaine et la traduction de référents spécifiques à la culture est toujours gouvernée par des considérations rhétoriques et stylistiques autant que par le contexte externe.
Les aspects du symbolisme, par exemple dans Easter de Strindberg, doivent, selon Anderman, être laissés intacts en traduction même si ce qu'ils représentent restera " intraduisible ". D'autres aspects de l'œuvre du dramaturge suédois peuvent aussi dresser des obstacles, mais ces problèmes ne se transformeront en défis que si le traducteur " créateur " de nouvelles versions ne cherche pas à créer des nouveaux réseaux sous-jacents d'équivalences. Comme le souligne J. Costa, devant l'intraduisible, le traducteur peut être à l'origine de pertes irrémédiables mais aussi de gains. J. Costa cite, entre autres, les mots qui se réfèrent aux phénomènes du monde physique et à d'autres obstacles linguistiques comme les jeux de mots, les idiomes et les proverbes aux côtés de références historiques, géographiques et culturelles. Exemple parlant ; celui de la traduction d'Alice de Lewis Carroll en danois, où Alice devient " Alice au Danemark ". et où la traduction des allusions à la nourriture, par exemple, a été entièrement adaptée.
Les traductions citées dans ce recueil démontrent qu'il est difficile d'être à la hauteur de l'original en partie parce que le traducteur refuse de relever le défi de l'adaptation culturelle de la voix étrangère et atypique. Pour être réussies pleinement, lit-on entre les lignes, les traductions doivent se départir du texte source et substituer aux mots de celui-ci une version adéquate et authentique. Alice pourrait alors changer de nom…
Enfin, P. Kuhiwizak met en avant un autre facteur qui pèse sur la traduction de voix spécifiques : la vie économique et politique d'une nation, son destin historique. Dans From Dissidents to Best Sellers : Polish Litérature in English Translation. After the End of the Cold War, il discute du rôle de la politique avant la révolution de velours, époque où l'état sélectionnait la littérature à traduire. Pour ces auteurs, il a fallu troubles et revirements politiques pour que la traduction puisse enfin commencer à faire entendre ces voix.

Nadia D'Amelio

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Traduction er enjeux identitaires dans le contexte des Amériques
Sous la direction de Louis Jolicoeur, Presses de l'université Laval, Canada, 2007, 190 pages, 15 x 23, ISBN 978-2-7637-8547-9


Cette publication est issue du séminaire annuel de la CEFAN (Culture française d'Amérique) et du colloque qui l'a conclu et qui a servi d'inauguration à l'Observatoire de la traduction littéraire de l'Université Laval. Les textes retenus explorent de manière spécifique les enjeux suivants : qu'est-ce que l'américanité, la franco-américanité, qu'en est-il du concept d'éthique en traduction, quels liens unissent les littératures des pays de la périphérie des États-Unis et des langues de la périphérie, quelles convergences la traduction se doit-elle de promouvoir dans ce tableau culturel diversifié, que dire de l'ethnocentrisme en traduction hier et aujourd'hui.
Trois projets de large envergure sont étudiés par L. Jolicoeur parce qu'ils donnent à la traduction dans le contexte des Amériques une place importante et parce qu'ils sont les vecteurs d'une dynamique commune aux Amériques, celle de l'imaginaire en littérature. Il s'agit, en premier lieu, du Centre de traduction littéraire de Banff, créé en 2002, qui invite chaque année, à la suite d'un concours, des traducteurs canadiens et étrangers à venir travailler à un projet de traduction touchant les Amériques, entreprise des plus louables en dépit de certains effets pervers qui découlent de la difficulté à cerner les critères de l'américanité. La Foire du livre de Guadalajara (2003) a, elle, été porteuse de nombreux projets dont la parution d'anthologies bilingues. Enfin, l'Observatoire s'inscrit dans la mouvance créée par l'essor que la traductologie connaît depuis quelques années. Originellement conçue comme une activité pratique, la traduction s'est ensuite taillé une place dans le domaine de la recherche. On ne peut ignorer toutes les initiatives scientifiques et critiques qui apportent une contribution substantielle à l'acte de traduire et l'Observatoire montre précisément l'incidence de ces études des divers aspects de la traduction, des approches économiques aux considérations linguistiques en passant par l'éthique, le bilinguisme ou les politiques de diffusion, sur la pratique qu'elles viennent compléter et alimenter.
Geneviève Parent traite de la situation de la traduction littéraire aux États-Unis et la compare à la situation canadienne au moyen de chiffres étonnants qui apportent un éclairage précieux sur les liens qui unissent une culture nationale et la traduction de sa littérature. Sur le même modèle, Silvia Pratt analyse anec finesse la traduction d'auteurs québécois au Mexique où celle-ci est parçue comme un agent de rapprochement entre les peuples. Katry Suhonen présente la place de la littérature québécoise en Finlande où la traduction est ressentie comme un agent de divulgation de la culture plutôt que de la francophonie, dans les pays où la nordicité est souce de convergence. En se basant sur les traductions entre le vernaculaire québécois et l'écossais, Maxime Carpentier dévoile les coïncidences parfois inattendues entre cultures et idéologies de périphéries linguistiques. Les problèmes de traduction de l'écrivaine québécoise Nicole Brossart en Espagne illustrent les écueils en matière de connaissance et de transfert de la culture québécoise. L'état de la langue est également envisagé dans la contribution de Judith Rémillard et Maya Lorimier où les approches linguistiques de type normatif et de type descriptif sont confrontées parce que la question est au cœur d'un intense débat tant au Québec que dans l'ensemble de la francophonie nord-américaine et parce que la langue se trouve au centre de la question de l'imaginaire des francophonies. Enfin, le bilinguisme tel qu'il est vécu par Daniel Gagnon et Agnès Whitfield vient rappeler, dans le cadre du bilinguisme canadien, la complexite problématique mais aussi stimulante à tous égards de cette hybridité linguistique et culturelle source de créativité


Nadia D'Amelio

 

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Translation and Identity in the Americas. New Directions in Translation Theory.
Edwin Gentzler, Routledge, London and New York, 2008, 214 pages, 23 x15,5, ISBN 10 : 0-415-77451-9

 

Edwin Gentzler, éminent traductologue américain, propose, dans ce livre d'une importance capitale, de traiter de la question suivante : quel rôle la traduction joue-t-elle dans la formation des Amériques, quels procédés à l'œuvre aujourd'hui évoquent dans la conscience publique l'histoire du multilinguisme pan-américain. Gentzler avance l'idée que la traduction, comprise comme forme rhétorique sous-tendue par le désir d'accéder à une essence originale, évolue de plus en plus en une pratique discursive qui révèle de multiples signes d'une polyvalence dont les cultures sont faites. Ce changement d'attitude trouve son origine dans une réévaluation de l'histoire de l'oblitération linguistique et des conflits caractéristiques des Amériques. Repenser leur passé veut dire aussi changer les modèles d'utilisation des langues et avant tout, réexaminer le mythe du " melting pot " à la lumière des histoires linguistiques plurielles.
L'ouvrage de Gentzler se divise en l'examen de zones géographiques diverses : les États-Unis, le Canada, la Brésil, l'Amérique latine et sans doute plus sujet à controverse, la Caraïbe qu'il nomme zone de " border writing ", l'écriture de la limite ou de la frontière. Gentzler se penche sur une forme de traduction spécifique dans chaque chapitre et tisse ainsi une toile fascinante qui pourra nourrir la recheche en traductologie. L'auteur souligne qu'il conçoit son livre comme une suite d'un ouvrage précédent, Contemporary Translation Theories (2è éd. 2002), qui était une présentation exhaustive des courants émergents de cette " interdiscipline " en progression rapide qu'est la traductologie. Son idée maîtresse est que, dans le contexte des Amériques, la déconstruction et les théories postcoloniales représentent des outils majeurs qui ouvrent à une discussion de l'histoire des politiuqes de langues nationales, mais aussi à celle des concepts naissants d'identité qui sont, cela va de soi, intimement liés à la langue. Selon lui, il est fondamental que cette étude de la traduction dans les Amériques comprenne trois dimensions : géographique, socio-politique et psychologique.
La clé de cet ouvrage réside sans doute dans ces mots de Gentzler : " (la traduction dans les Amériques) est moins quelque chose qui se passe entre des cultures séparées et distinctes que quelque chose qui est constitutif de ces cultures ". Dès lors, la traduction n'est pas un trope dans les Amériques, mais une condition permanente qui a, pourtant, été négligée en tant que telle par les spécialistes anglophones et hispanophones. Ce n'est qu'au Canada et au Brésil que l'on trouve une condition florissante pour les matières touchant à la traduction, avec des associations professionnelles, des congrès et d'éminentes publications.
Pour conclure son étude traductologique du multiculturalisme aux États-Unis, du féminisme et du théâtre au Canada (Québec), du cannibalisme traductif au Brésil, de l'empreinte fictionnelle en Amérique latine et du " border writing " dans la Caraïbe, Gentzler réaffirme l'opinion seon laquelle l'histoire de la traduction dans ce contexte précis est celle de la formation de l'identité, profondément enracinée dans la psyché de millions d'habitants. A côté du facteur socio-culturel, il insiste sur l'importance des implications psychologiques. Après avoir reconnu, d'emblée, l'importance du critère culturel dans les études traductologiques des années 1990, il termine en suggérant que le mouvement suivant sera de nature socio-psychologique. Cette approche nouvelle pourrait permettre de mieux cerner l'importance de la traduction pour des individus appartenant à des sociétés multilingues, et aussi ouvrir à de plus larges horizons dans d'autres parties du monde. Il cite le commentaire piquant d'Emily Apter : " la guerre est la conséquence de mé-traductions et de désaccords extrêmes qui empruntent d'autres voies ", et souligne la nécessité de mieux comprendre les tenants et aboutissants du transfert de langues dans le contexte politique mondial du XXIè siècle. La traduction n'est pas une activité seconde et marginale, mais bien une activité pro-active potentiellement libératrice et innovante. Des exemples étudiés, il reste à tirer les leçons qui éclairent les traumatismes culturels du passé afin de se tourner vers de nouvelles possibilités en cette époque de troubles et de mondialisation.

Nadia D'Amelio


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Gender and Ideology Translation : Do women and men translate differently ?, A contrastive analysis from Italian into English. Vanessa

Vanessa Leonardi, European University Studies in English Linguistics, Peter Lang, 323 p., ISBN 978-3-03911-152-7, 2007.


The aim of this book is to analyse and evaluate the problems that may arise from ideology-driven shifts in the translation process as a result of gender differences. The issue of ideology is linked to that of language and power and this link legitimates a linguistic analysis. Recent research in the field of sociolinguistics and related fields has shown that women and men speak differently. The hypothesis in this book is that if they speak differently, then they are also likely to translate differently and possibly for the same ideological reasons.
The book is divided into two parts. Part I offers a theoretical background, draws up an analytic checklist of linguistic tools to be employed in the comparative analyses, and states the main hypothesis of this investigation. In Part II four empirical analyses are carried out in order to test this hypothesis within the methodological framework set out in Part I. This book seeks to show how the contrastive analysis of translations from Italian into English is carried out within the framework of the discipline of translation and comparative studies.

Vanessa Leonardi was born in Italy and raised bilingual. She graduated in Modern Languages at the University of Coventry (UK) in 1998. In 1999 she was awarded an MA in Translation Studies from UMIST (Manchester, UK) and in 2004 she received her PhD in Translation and Comparative Studies at the University of Leeds. Vanessa Leonardi is currently lecturing at the Italian Universities of Ferrara and Brescia as well as teaching at CIEE, a private American University in Ferrara.

Frédéric Lamotte

 

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Profession : Traducteur
Georges L. Bastin et Monique C. Cormier

Presses de l'Université de Montréal, 2007, 67 pages, 21,5 x 11,5, ISBN 978-2-7606-2033-9.

La collection Profession répond aux questions que se pose l'étudiant ou le jeune chercheur face à l'institutuion universitaire et aux métiers auxquels celle-ci prépare : quel est le rôle des chercheurs, des intellectuels, des universitaires de manière générale, quel a été leur parcours intellectuel et que font-ils, quels sont les tenants et aboutissants de leur réflexion et de leur pratique. L'opuscule dédié à la profession de traducteur est co-signé par Georges L . Bastin, traducteur issu de l'École d'interprètes internationaux de Mons devenu professeur agrégé au Département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal, et Monique C. Cormier qui y est professeure titulaire. Leurs cheminements respectifs démontrent comment la pratique de la traduction a conduit à une réflexion scientifique et à l'approche de facettes spécifiques au domaine comme la terminologie et la traductologie au sens large. Tous deux occupent des postes de présidence ou de vice-présidence dans de grandes institutions québecoises de traduction comme l'Ordre des traducteurs et les Affaires professionnelles.
Après une introduction qui affirme que notre époque rend à la traduction ses lettres de noblesse et définit celle-ci moins comme un art - sauf pour la traduction littéraire dont il n'est pas question ici - que comme une activité professionnelle qui appartient au secteur tertiaire de l'activité économique et qui peut donc se définir comme un service de communication qui exige, outre une connaissance linguistique sans égal, une culture polyvalente et une intelligence aiguë, les auteurs retracent l'hisotire, parfois héroïque, des grands traducteurs du passé avant de passer à l'évocation des tâches du traducteur. Ressentant le besoin de détruire les stéréotypes et de réaffirmer le caractère intellectuel de la profession, les auteurs rappellent l'importance des étapes de lecture (intelligente et soucieuse des nuances) et de relecture du contenu (isolé et dans son ensemble) qui visent à découvrir la progression mentale et discursive de l'auteur. La lecture est indissociable de la réflexion et exige une auto-formation permanente du traducteur. Ce sont les stades d'écriture et de réécriture qui suivront, le traducteur se définissant avant tout comme rédacteur. Les pièges du transcodage et des interférences sont soulignés ainsi que la nécessité d'obtenir un texte fonctionnellement adéquat à ses usagers. Il faut sans doute insister sur le fait que le traducteur n'est jamais aussi présent que quand il est ressenti comme invisible…Clarté, logique et concision sont les critères fondamentaux. Les auteurs insistent ensuite sur le besoin de ne pas dissocier formation professionnelle et recherche dans les Écoles nées dans l'immédiat après-guerre qui se sont, pour la plupart, développées dans le giron universitaire. La combinaison de trois langues s'affirme de plus en plus ainsi que la pertinence de la spécialisation. Dans ces Écoles devenues Facultés pour certaines, la méthode devient de moins en moins empirique. La formation théorique s'y voit greffée à l'acquisition d'une maîtrise du savoir-faire et à des stages en milieu professionnel. La traductologie a pris pour objet d'abord le texte puis, aujourd'hui, le traducteur. Après avoir oeurvré à modéliser le transfert linguistique, on cherche à modéliser " la boîte noire " du traducteur avec les approches psycho-linguistiques et cognitivistes. Modéliser l'intervention du traducteur prouve que celui-ci affiche maintenant sa visibilité. Sur le marché de l'emploi, outre les qualités intellectuelles déjà citées, l'employeur recherche la maîtrise d'une troisième langue à l'ère de la mondialisation. La travail par groupements de traducteurs sur un vaste projet devient de plus en plus fréquent. Les modes de tarification évoluent également et comprennent le tarif au mot (et au signe), le tarif horaire, le tarif hybride, le tarif forfaitaire et les redevances, chaque mode possédant ses applications spécifiques. Quant à la qualité du service, les traducteurs se sont dotés de réseaux professionnels qui régissent l'entrée dans la profession. La FIT, parmi d'autres, a notamment pour objectif de promouvoir le professionnalisme de ses membres. Elle joue aussi un rôle de conseil auprès de l'Unesco. La profession est réglementée par des lois et régie par une association et un ordre professionnel, comme l'Ordre des traducteurs au Québec. La notion de protection du public est cruciale. Enfin, la reconnaissance octroyée par l'Etat signe l'utilité et l'importance de la profession dans la Cité, dans la sociéte
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Nadia D'Amelio

 

 

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Pratique sociale de la traduction. Le Roman réaliste américain dans le champ littéraire français (1920-1960), Jean-Marc Gouanvic

Artois Presses Université, 2007, 204 pages, 16 x 24, ISBN 978-2-84832-054-0.


Cet essai traductologique sur la traduction en français du roman réaliste américain entre 1920 et 1960 répond à la vogue sans précédent qu'a connue la traduction de la littérature américaine au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Les écrivains retenus (Henri James, John Dos Passos, Ernest Hemingway, John Steinbeck et Henry Miller par exemple) ne constituent sans doute qu'une petite partie de la vague qui a atteint l'Europe pendant cette période.
La méthodologie utilisée repose sur la théorie de la culture de Pierre Bourdieu. La recherche est principalement axée sur une analyse contrastive des originaux et de leurs traductions et s'efforce d'interpréter les faits de traduction dans une dynamique relationnelle tenant compte de la dynamique de travail du traducteur (son habitus selon Bourdieu) et d'un éditeur, l'un et l'autre dépendant de l'habitus de l'auteur du texte original et de la culture d'accueil. Le discours sur l'habitus d'un des agents (écrivain ou traducteur) ne peut se dissocier de ses relations avec un champ (Bourdieu). Gouanvic tente donc de cerner et de décrire le champ de la littérature réaliste dans sa dimension de traduction de l'anglo-américain à l'époque précisée, en utilisant l'analyse contrastive des textes, les critères éditoriaux, les collections de traduction et les discours marginaux tels que les préfaces et critiques auxquelles les textes traduits ont donné lieu. Cet essai est donc, comme il le souligne, " une vue en coupe " qui peut servir de tremplin à d'autres recherches.
Cet ouvrage fait suite à Sociologie de la traduction (1999) qui envisageait la translation de la science-fiction américaine dans le domaine culturel français dans les années cinquante par la traduction et l'émergence d'un champ autonome de science-fiction française grâce à Boris Vian, Raymond Queneau et Michel Pilotin. Le présent essai, lui, se consacre au genre romanesque par excellence en Occident, le roman réaliste. Comment ce mode particulier - américain - d' illusio réaliste est-il transmis par la traduction dans la culture française ?
Un tel essai sociologique de la traduction peut surprendre le lecteur, à juste titre, par ses nombreuse références à A. Berman. Cependant, l'attrait pour Berman s'explique par la perspective que celui-ci ouvre sur l'importance du texte source, au contraire de l'approche polysystémique, par ses questions pertinentes sur l'éthique du traducteur, sur la dimension psychanalytique de la pratique de la traduction et, enfin, sur cette célèbre pulsion à traduire. L'optique de Berman confère une place capitale au traducteur, et c'est ce que retient Gouanvic de son approche.
Après l'introduction qui démontre que le modèle théorique adopté relève du constructivisme structuraliste, l'auteur cerne l'enjeu de la sociologie de la traduction en se focalisant sur l'éthique après avoir évoqué la théorie du Polysystème et celle d'A. Berman dans les rapports que ces deux analyses entretiennent avec la sociologie bourdieusienne. Ensuite, l'auteur se penche sur l'éthique sociale de la traduction, problématique bermanienne vue sous un œil critique. Les chapitres suivants tracent un panorama d'un certain nombre d'écrivains américains traduits au XIXè et au XXè siècles dans le champ littéraire français : Nathaniel Hawthorne, Henry James, William Faulkner, Ernest Hemingway, John Dos Passos et Francis Scott Fitzgerald e.a.. Panorama qui permet de poser les questions pertinentes sur l'homologie en traduction, par exemple (Bourdieu). Figure également un entretien que l'auteur a eu avec André Bay, directeur littéraire des éditions Stock, Delemain et Boutelleau de 1945 à 1980. La théorie des liens symboliques de Pierre Bourdieu informe cet essai qui conclut en s'interrogeant sur la pertinence de la théorie sociale envisagée quand elle est appliquée à la traduction.


Nadia D'Amelio

 

 

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Au-delà de la lettre et de l'esprit : pour une redéfinition des concepts de source et de cible

éd. Nadia D'Amelio, Université de Mons-Hainaut, CIPA, 2008, 226 pages, 25 euros


Le Colloque international Traduction/Traductologie, Au-delà de la lettre et de l'esprit : pour une redéfinition des concepts de source et de cible, convoqué à Mons les 27 et 28 octobre 2006, a pris pour thème l'érosion du clivage source/cible en traduction, lui-même fondé en bonne partie sur l'enfer théorique du fond et de la forme, et la redéfinition de ces concepts en traductologie, laquelle nous semble nécessaire à plus d'un titre.
Le programme a reflété le souci d'aborder, dans un métalangage tantôt métaphorique et littéraire, tantôt linguistique, la question du traduire en termes à la fois pratiques et conceptuels. Y ont été abordés par traducteurs et traductologues éminents les dilemmes soulevés par la traduction littéraire et poétique, mais aussi par celle de textes pragmatiques, voire de sources audio-visuelles ou publicitaires. S'y sont confrontés tant les défenseurs du ciblisme, pour utiliser le néologisme forgé par Jean-René Ladmiral, que ceux de l'intégrité de la source. Mais avant tout, il s'est fait jour une volonté de subsumer les antagonismes, de trouver un terrain de réconciliation basé sur une meilleure compréhension des paramètres en jeu et soi-disant opposés. En particulier, le champ de la création et de son pendant en traduction, recréation ou réinterprétation, a vu ses contours mieux définis. Une nouvelle visée, ni sourcière ni cibliste, s'est affirmée, au-delà des polarités traditionnelles, notamment grâce à une nouvelle lecture du texte de Walter Benjamin, La Tâche du traducteur, qui a jeté un pont entre les rives opposées du passage qu'est la traduction.

Les commandes sont à adresser au

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Sommaire

Sourciers et ciblistes revisités, Jean-René Ladmiral

Source, cible, salade, Lance Hewson

La traduction littéraire : source d'enrichissement de la langue d'accueil, Françoise Wuilmart

La traduction entre source et cible :une perspective fonctionnaliste, Claude Tatilon

La liberté du traducteur ? Alain Van Crugten

Traduisant ou traducteur ? La dialectique de la source et de la cible en termes de production, Christine Raguet

Traduire des poèmes : déplacements autour de l'autre même, Christine Pagnoulle

La lettre et l'aura : Roger Fry traducteur de Mallarmé, Camille Fort

Sourciers et ciblistes : une question de signifiants, Christian Balliu

Impuretés, Henri Bloemen et Winibert Segers

La faute : à traduire au pied de la lettre ? Rudy Loock

Le principe de loyauté dans la traduction de l'élément culturel : du binarisme polarisant à la fonctionnalité du texte, Simos P. Grammenidis

De l'aval vers l'amont : la rétroaction en traduction, Nicolas Froeliger

Accueillir l'étranger : du décentrement créatif au triangle poétique, Madeleine Stratford

Les traces du traducteur, Magdalena Nowotna

De la source à la cible : la fidélité…aux principes ou l'art du compromis ? Yvon Keromnes

Le geste traductif : pour poursuivre la réflexion…, Mathilde Fontanet

Le contexte de la traduction : de quelques relations littéraires entre la France et la Grande-Bretagne, 1815-1848, Gabriel Louis Moyal

Dissolution des dissonances : La Tâche du traducteur de Walter Benjamin, Nadia D'Amelio

 

 

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Vient de paraître

THE AALITRA REVIEW 1

A JOURNAL OF LITERARY TRANSLATION AND CREATIVE REWRITING
SEPTEMBER 2008

THE AALITRA REVIEW
This is the first issue of the newly named AALITRA Review, which takes over the key function of The AALITRA Newsletter, namely the publication of translated literary texts and theoretical enquiry into the nature of literature and literary translation. The Review continues
to carry notices of translation events specifically organised or participated in by AALITRA; a separate Newsletter will be issued twice yearly to keep AALITRA members up to date with what
is happening in translation studies centres and universities around the world.

THE AALITRA REVIEW SEPTEMBER 2008
CONTENTS
AALITRA Events: Forthcoming Conferences and Workshops
AALITRA Translation Workshop at the third Conference of
the International Association for Translation and Intercultural Studies
AALITRA–RESEARCH CENTRE FOR LANGUAGES AND
CULTURES, UNISA joint conference on Literary Translation
AALITRA Events: Forthcoming Public Talks
Jan Owen, “Poetry as Translation”
AALITRA Translation Events Retrospective:
Isobelle Carmody On being translated, review by Leah Gerber
David Elder Et la littérature fut… Réflexions en marge de la littérature
et de la critique littéraire

The Melbourne International Franco-anglais Poetry Festival
Elaine Lewis on the Melbourne International Franco-anglais Poetry Festival
Judith Bishop, “Defence Mechanism” (Méchanisme de défense): a poem
sculpted from prose,
translated into French by Marie Frankland
Chris Andrews, Four poems by Jacques Rancourt, translated from French,
with a comment on the poet.
Margaret Dahlström, You’re the cutest, by Siv Widerberg and Mats Andersson, translated from Swedish
Peter Hodges, “The Slip-Up” (Les pas vernis) by Boris Vian,
translated from French, with comment on the text
Harry Aveling, Four poems by Indonesian women writers, translated from Indonesian
Vanna Walsh, “Outback and Beyond” in The Bushies: true stories of Australian
characters by Allan M.Nixon
, translated from English into Italian
Isobel Grave, “The Well Wheel Creaks” (Cigola la carrucola del pozzo) by Eugenio Montale, translated from Italian
New Voices from South Australia
Katherine Francis, The She-Wolf (La mujer loba); a Latin American folk
story
, translated from Spanish
Jennifer Woolsey, A Dam against the Pacific (Un barrage contre
le Pacifique) by Marguerite Duras
, translated from French

THE COMMITTEE
Harry Aveling (President)
Brian Nelson (Vice President)
Margaret Dahlström (Secretary)
Isobel Grave (Editor)
Karin Touchie (Web Manager)
Rhiannyn Geeson (Treasurer)
Simon West
Vanna Walsh
Wasana Somachriyakul
Krishnavanie Shunmugam


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Literary Translation and Beyond.
Traduzione letteraria e oltre. La traduzione come negoziazione dell'alterità,

Rosella Mallardi (éd.), Peter Lang, Bern, 2008, 309 pages, 15,5 x 22,5, ISBN 978-3-03911-500-


La plupart des articles de cet ouvrage furent présentés au cours du séminaire Literary Translation and Beyond / Traduzione letteraria e oltre qui se tint à l'Université de Bari les 19 et 20 mai 2006. Le titre du séminaire devait attirer l'attention sur le vaste champ de la traduction littéraire, riche de son histoire constellée de nombreux accomplissements plus ou moins heureux, mais aussi, avec le beyond / oltre, sur le vaste horizon qui s'est révélé depuis les années 1980 à la faveur de l'avènement en Occident du multiculturalisme et de la mondialisation. En effet, la traduction a reçu, au cours de ces dernières décennies, une impulsion notable au cœur de l'expansion de l'industrie culturelle et au niveau académique où on lui a réservé une centralité, voire une autonomie, sans précédent. Autant de nouveaux espaces institutionnels qui fondent une nouvelle conscience et une nouvelle pratique sociale du multiculturalisme et des échanges internationaux ainsi qu'une réflexion critique sur la nature, le sens et la pratique du traduire.
Le concept de Translation Studies, né dans les années 1980, s'inscrit dans la notion plus large de Cultural Studies, études culturelles anglo-américaines nées dans l'immédiat après-guerre qui cherchaient à mieux cerner les concepts de culture et d'identité. La traduction, forme privilégiée d'échange et de négociation de valeurs et d'idéologies, allait donc y trouver une place de choix, l'accent se portant sur l'idée de cultural tranfer. En se confrontant à l'expérience innovante de la linguistique, fonctionnelle et systémique, cognitive et psycholinguistique, voire sociolinguistique, sans oublier la sémiotique textuelle et la philosophie du langage ainsi que les instruments technologiques et informatiques, les TS ont élaboré une approche théorico-descriptive du traduire. Le corpus auquel s'intéresse le présent ouvrage exclut les textes dits spécialisés, qui se fondent essentiellement sur la référentialité des termes, mais privilégie au contraire les textes littéraires qui se caractérisent par un degré très élevé d'opacité et de densité aux niveaux sémantique et symbolique. Corpus des humanities, mais au sens strict. La difficulté fondamentale de la traduction de textes littéraires par opposition aux textes spécialisés ou techniques consiste, en effet, en l'utilisation hautement sophistiquée de la langue au point où celle-ci se transforme en un système de second degré par rapport à celui de la langue naturelle. D'autre part, l'impossibilité de trouver des modèles parallèles dans la langue d'arrivée - contrairement au cas des textes spécialisés - rend la traduction littéraire particulièrement difficile, problématique et riche en obstacles inédits. Les articles de cet ouvrage traitent des aspects relatifs à des problèmes fondamentaux, à savoir dans quelle mesure et sur base de quelles justifications le texte d'origine se voit domestiqué, naturalisé dans la langue et la culture d'arrivée ou bien dans quelle mesure et sur quel mode la traduction correspond scrupuleusement au goût et au sens strict de l'original. A l'intérieur de cette polarité viennent se configurer divers types de traduction depuis celle qui repose sur la philologie et l'exégèse respectueuses du texte de départ jusqu'à celle qui accorde toute l'attention à la modalité et aux occasions de ré-écriture, surtout s'il s'agit du traducteur-auteur qui veut " transporter " le texte dans un autre univers culturel, le parodier, le paraphraser, l'imiter ou l'adapter dans un code différent.
Marie Thérèse Jaquet met en lumière d'autres problèmes significatifs, en outre l'apport de disciplines du savoir comme l'approche génétique, les mécanismes psychologiques et cognitifs de l'acte de lecture et de traduction. Augusto Ponzio, examinant le pouvoir absolu sur la langue que confère la création littéraire et, partant, sa traduction, évoque le cas de la traduction par Antonin Artaud de Humpty Dumpty de Lewis Carroll. La subversion de la langue pratiquée par l'auteur se voit, chez Artaud, traversée en profondeur, configurée comme une lutte contre l'ordre du discours commun dans les deux langues. Ici a lieu une compréhension de l'original doublée d'une appropriation profonde de cet original qui se configure comme une métamorphose-(re)naissance d'un texte parallèle, d'un nouvel original signé par l'auteur français. L'article de Rosella Mallardi traite également de Lewis Carroll, mais dans une optique intertextuelle et intersémiotoque - la photographie dans le texte à traduire. Enfin, l'intervention de Federico Zanettin, Parallel Corpora in Literary Translation Theory and Practice, se réfère aux instruments et aux méthodes de ce qu'on appelle Corpus Linguistics dans la théorie et la pratique de la traduction littéraire, plus spécifiquement aux parallel corpora. Ces corpora sont un auxiliaire utile comme source d'information sur les choix et solutions de traducteurs précédents et comme outil descriptif. Les nombreux programmes software permettent d'isoler les occurrences dans les textes et même de contraster emplois marqués d'emplois idiomatiques de termes ou de syntagmes, voire de structures. Autant de voies d'accès à l'objet du traduire qui deviennent incontournables.


Nadia D'Amelio


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The Poetry of the Self-Taught. An Eighteenth-Century Phenomenon.
By Julie Prandi, Peter Lang, New York, 202 pages, 23,5 x15,5, ISBN 978-1-4331-0251-6

 


Si, au cours du XXè siècle, la poésie canonique du XVIIIè siècle n'a plus guère trouvé de lecteurs en raison des caractéristiques mêmes de sa diction et de son imagerie, la poésie des autodidactes de la même époque pourra paraître plus accessible à plus d'un égard. Alors pourquoi ressentir le besoin d'amorcer un renouveau pour celle-ci, de lui donner les clés des anthologies et de la conscience populaire ? Parce que cette poésie a été tenue dans l'ombre, sa beauté et sa force ont été clipsées, sa raison d'être a été marginalisée dans l'histoire littéraire, pour des raisons que Julie Prandi veut clarifier dans cet ouvrage.
Tout d'abord, l'un des aspects les plus saillants de ces vers est leur point de vue original ou leur métaphysique sous-jacente dans laquelle le corps et l'esprit sont intimement liés. Nombre de poètes relevant de cette catégorie évoquent des thèmes comme le mariage, les relations sexuelles, la nourriture et la boisson. Les préjugés auxquels se heurte la reconnaissance qu'ils méritaient et méritent encore sont souvent liés à leur origine sociale et à leur sexe. Des jugements tels abondent prenant appui sur l'axiome qui veut qu'une grande poésie ne peut naître dans l'esprit d'un homme de basse condition et, donc, de capacités intellectuelles limitées (encore moins d'une femme…). Cet axiome semblait fournir une protection aux poètes du courant canonique contre l'attention qu'attiraient les autodidactes contemporains. En effet, l'histoire héroïque du triomphe sur les privations économiques et éducatives pourraient fasciner les lecteurs qui rechercheraient dans ces vers le reflet de leur vie de labeur - pas uniquement agricole - et de leurs attitudes sociales. Certains de ces poètes qui pouvaient être agriculteurs, artisans ou employés étaient aussi issus de la classe moyenne. Le trait commun entre eux réside sans doute bien plus dans leur manque d'éducation structurée, au sens strict, par rapport à celle des poètes du courant canonique éduqués aux auteurs latins et grecs, e.a.
En effet,ces poètes dont il est question ici étaient à proprement parler des autodidactes. La tâche que se donne Prandi est de mettre en lumière l'accomplissement artistique, littéraire, formel réussi par de nombreux poètes autodidactes allemands et anglo-saxons principalement. Qu'il s'agisse du mètre, du rythme, de la rime ou de la force de l'imagerie, à quel titre peut-on qualifier ces poèmes de " bas " ou " triviaux " ? Autre originalité de cette analyse : les poètes hommes et femmes sont examinés sans distinction de sexe, leur point commun et seul pertinent étant leur formation d'autodidacte qui réduit vite à néant tout contraste basé sur le sexe des auteurs. Enfin, il importe de souligner que ce sont ces autodidactes et leurs audaces qui donnèrent naissance à la poésie du XIXè siècle : la voix narrative, le je lyrique qui exprime une expérience personnelle plutôt que des émotions universellement valables, la rébellion contre les modèles et les formes néo-classiques bien établies, et une diction plus naturelle. Au XXè siècle, c'est leur organisation poétique moins ordonnée, moins hiérarchisée qui allait être très appréciée, de celles que l'on trouve dans les histoires en vers de Crabbe ou dans les longues odes de Karsch.
Le dernier chapitre a pour sujet les évocations contrastées de l'hiver par les poètes canoniques et par les poètes autodidactes. Ces derniers livrent un portrait dynamique qui permet au lecteur de faire l'expérience sensible de cette saison non-pastorale alors que les premiers construisent des images statiques et s'en remettent à des effets purement visuels. Les difficultés rencontrées par ces poètes autodidactes durant leur siècle et plus tard furent, et sont encore, " the inevitable difficulties accruing to men and women of genius whose roots were in the common people " (Andrew Noble).

Nadia D'Amelio


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Marion May Campbell

SHADOW THIEF (Voleur d'ombres)
(Canberra: Pandanus Books, 2006)

SHADOW THIEF (Voleur d'ombres), le dernier texte de Marion May Campbell, contient, sans en être l'esclave, toute une gamme d'allusions que l'on pourrait qualifier très librement de deleuziennes : devenir, désir, différence, déterritorialisation.

Son livre renferme des vignettes finement ciselées, des élans poétiques, ainsi qu'un monde rempli de cloisons, de barrières, de divisions, de ruptures... sans oublier les traces, les travers et les blessures de l'amour intense, de la possession et de la domination. Comme d'habitude, les textes de Marion May Campbell posent des défis fascinants aux traducteurs car la qualité de son travail d'écrivaine-orfèvre est omniprésente sans jamais être pesante. SHADOW THIEF (Voleur d'ombres) est un livre riche en sensibilité et pulsions féministes et fusionnelles où, à l'écart des dualismes simplistes, se rencontrent (entre mille autre choses) plusieurs tendances : l'esprit d'épithètes-étiquettes laconiques et lapidaires, l'esprit de bibliothécaire (rempli de culture sur fiches bien rangées) et l'esprit de pyromane (celui qui brûle certaines conclusions étroites avec une naïveté artistique et nietzschienne dans un élan quasi suicidaire, loin des règles d'une routine rationnelle et sophistique...) La trame essentielle du livre est plus vaste encore et repose sur des jeux psychologiques entre les protagonistes aux prises avec la peur d'être rejetés et l'amour de soi, sans oublier des relations viscérales avec les mots et les gestes - ceux qui blessent ou qui se profilent dans les marges (tout en étant au cœur même) des rapports. Et les mots dans les textes de Marion se centrent toujours sur le dit, le non-dit et l'(inter)dit...

Ajoutons que les lecteurs seront fascinés par les jeux de relecture de William Faulkner (AS I LAY DYING - Tandis que j'agonise) qui se trouvent à l'intérieur de VOLEUR D'OMBRES. Marion possède un sens du souffle, et le rôle de la voix (ou plutôt des voix) est toujours central depuis son premier roman, LINES OF FLIGHT (Lignes de fuite).

Cette écrivaine remarquable a formé de nombreux étudiants australiens au niveau de la licence et du troisième cycle dans ses cours de creative writing. Ces unités d'enseignement - ateliers d'écriture - sont importants dans les pays anglophones, mais assez peu connus en France.

Ses livres restent parmi les rares textes qui gagnent beaucoup à la relecture pour révéler de nouvelles strates de son sens aigu de la composition.

VOLEUR D'OMBRES de Marion May Campbell est le résultat d'un travail encouragé par The Australian National University et méritait pleinement d'être publié par Pandanus Books à Canberra.

David ELDER, Perth, octobre 2008

 

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The Translation of Children's Literature. A Reader, Gillian Lathey (ed.), Multilingual Matters Ltd, Clevedon, 2006, 21 cm/15 cm, ISBN 1-85359-906-9

 

L'intérêt critique que l'on accorde à la littérature jeunesse s'est développé à un rythme rapide depuis ces trente dernières années. Le troisième Symposium de l'International Research Society for Children's Literature (IRSCL) en 1976 marque un tournant dans cette évolution. Ce fut le premier symposium (et le seul pendant longtemps) sur la littérature jeunesse consacré à la traduction et à la circulation internationale des livres pour enfants. Le sujet commençait à peine à recueillir une crédibilité académique. Le rôle de la traduction de ce type de texte avait, jusqu'alors, à peine été évoqué alors que celui-ci est encore plus crucial que dans la littérature pour adultes. Néanmoins, les premiers signes d'intérêt pour ce genre de littérature et sa traduction étaient apparus dans la discipline des Littératures comparées avec, e.a., le livre de Paul Hazard, publié en 1932, Les Livres, les enfants et les hommes. De ce livre naquit l'étude capitale que Bamberger consacra aux influences interculturelles de la littérature pour enfants dans les années 1960 et 1970. Enfin, la publication de Children's Books in Translation, de Göte Klingberg, en 1978, marqua un moment décisif auquel succéda le tournant du nouveau millénaire avec la publication de Kinderliterarishe Komparatistik de O'Sullivan (2000). La parution du Reader de G. Lathey est ainsi opportune. Son but est de rassembler, à l'usage des étudiants et des universitaires, des articles scientifiques tirés de revues anglo-saxonnes et des chapitres de livres publiés qui reflètent le développement et l'amplitude des recherches en traduction jeunesse au cours des trente dernières années. Ces textes démontrent à de nombreuses reprises que la traduction jeunesse se distingue de la traduction pour adultes pour deux raisons fondamentales. Tout d'abord, il y a la place sociale de l'enfant et le statut connexe de la littérature écrite pour lui ; ensuite, les aspects du développement du comportement de l'enfant déterminent les qualités uniques de ce qui fera le succès auprès d'eux et qui rendra la traduction imaginative, originale, riche de défis et pourtant fréquemment sous-estimée.
Les articles et chapitres rassemblés illustrent la position ambiguë de l'adulte et en particulier de l'adulte traducteur à l'égard d'un texte pour enfants qu'il contrôle ou sur lequel il peut doucement ironiser. Position asymétrique qui peur engendrer un certain inconfort pour le traducteur d'autant que de nombreux textes ne s'adressaient pas à l'origine à un public constitué exclusivement d'enfants. De plus, comme il s'inscrit dans une culture donnée, le traducteur peut être amené à censurer des scènes de violence, par exemple, ou des passages scatologiques dont les enfants raffolent pourtant. Il existe des exemples célèbres de cette censure au service de besoins didactiques, religieux ou moraux. Le contexte culturel se voit aussi adapté, localisé, domestiqué pour alléger la charge d'étranger à laquelle l'adulte pense que l'enfant serait inadapté. Le traducteur essaie, par ailleurs, de produire des textes dont la fraîcheur, la vivacité, la compacité de la langue parlera à l'enfant d'une manière directe et spontanée. L'idée est que le texte jeunesse ressemble à une bulle de savon animée de son propre rythme de vie et de la même légèreté. Le son devra aussi être traduit avec soin, et avec lui le rythme, cette prose s'approchant souvent de la poésie. C'est dire qu'un appel tout particulier est lancé à la créativité du traducteur en matière linguistique. Souvent traduire le son coïncide avec la traduction du non-sens, comme dans Lewis Carroll ou Christian Morgenstern. La qualité visuelle du texte constitue aussi un défi majeur. Autant de thèmes de réflexion et d'évaluation qui sont abordés dans cette anthologie. Si lon prend conscience des compétences variées et du doigté qu'exige ce type de traduction généralement sous-estimé, cela ne se fera qu'au bénéfice des jeunes et de la profession qui a à son service, depuis les années 1990, des outils de plus en plus précis, de plus en plus puissants comme l'étude des " corpora " en analyse computationnelle. En fin de compte, l'idée de Lawrence Venuti selon laquelle il faut faire savoir au lecteur qu'il lit une traduction a peu de chance de remporter l'adhésion des traducteurs de littérature jeunesse si elle n'est pas nuancée.


Nadia D'Amelio